Mon chier cousin, de bon cueur vous mercie

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Charles d'OrléansBallades

Mon chier cousin, de bon cueur vous mercie


Mon chier cousin, de bon cueur vous mercie
Des blans connins que vous m’avez donnez ;
Et oultre plus, pour vray vous certiffie,
Quant aux connins que dittes qu’ay amez,
5Ilz sont pour moy, plusieurs ans a passez,
Mis en oubly ; aussi mon instrument
Qui les servoit a fait son testament
Et est retrait et devenu hermite ;
Il dort tousjours, a parler vrayement,
10Comme celui qui en riens ne prouffite.

Ne parlez plus de ce, je vous en prie,
Dieux ait l’ame de tous les trespassez !
Parler vault mieulx, pour faire chiere lie,
De bons morceaulx et de frains pastez,
15Mais qu’ilz soient tout chaudement tastez !
Pour le present, c’est bon esbatement,
Et qu’on ait vin pour nettier la dent :
En char crue mon cueur ne se delitte.
Oublions tout le vieil gouvernement,
20Comme celui qui en riens ne prouffite !

Quant Jeunesse tient gens en seigneurie,
Les jeux d’amours sont grandement prisez ;
Mais Fortune, qui m’a en sa baillie,
Les a du tout de mon cueur deboutez ;
25Et desormais, vous et moi, excusez
De tels esbas serons legierement,
Car faiz avons noz devoirs grandement
Ou temps passé : vers Amours me tiens quicte.
Je n’en vueil plus, mon cueur si s’en repent,
30Comme celui qui en riens ne prouffite.

l’envoy

Vieulx soudoiers avecques jeune gent
Ne sont prisiez la valeur d’une mitte ;
Mon office resine plainement,
34Comme celui qui en riens ne prouffite.


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