Naufragé converti

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Naufragé converti
Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveaux, Slatkine Reprints, 1971, III. 1876 (p. 389).


LA SUCCUBE

Ta langue à tout jamais doit-elle être scellée,
Ô sphinx ! Et contre toi n’est-il aucun recours ?
Du point noir d’où je viens au but sombre où je cours
Je sens ta force occulte à tous mes pas mêlée.

Sous les traits d’une femme elle s’est révélée,
L’obsession fatale aux réseaux doux et lourds,
Cauchemar de mes nuits, délire de mes jours,
Qui met enfer et ciel dans mon âme affolée.

Strige aux mordants baisers, vierge au bras caressant,
La cruelle a mangé mon cœur, sucé mon sang,
Et bu jusqu’en mes yeux les larmes que je pleure.

Être ainsi n’est pas être ! — Ô raison ! sauve-moi !
Vois ! je voudrais sa mort, et je crains qu’elle meure ;
Mais comment mourrait-elle, ayant ma vie en soi ?

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