Ne nous plaignons pas

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Poésies de Sully Prudhomme
Alphonse Lemerre, éditeur, 1872 (1866-1872, pp. 132-133).
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Va, ne nous plaignons pas de nos heures d’angoisse.
Un trop facile amour n’est pas sans repentir ;
Le bonheur se flétrit, comme une fleur se froisse
Dès qu’on veut l’incliner vers soi pour la sentir.

Regarde autour de nous ceux qui pleuraient naguère
Les voilà l’un à l’autre, ils se disent heureux,
Mais ils ont à jamais violé le mystère
Qui faisait de l’amour un infini pour eux.

Ils se disent heureux ; mais, dans leurs nuits sans fièvres,
Leurs yeux n’échangent plus les éclairs d’autrefois ;
Déjà sans tressaillir ils se baisent les lèvres,
Et nous, nous frémissons rien qu’en mêlant nos doigts.

Ils se disent heureux, et plus jamais n’éprouvent
Cette vive brûlure et cette oppression
Dont nos cœurs sont saisis quand nos yeux se retrouvent ;
Nous nous sommes toujours une apparition !


Ils se disent heureux, parce qu’ils peuvent vivre
De la même fortune et sous le même toit ;
Mais ils ne sentent plus un cher secret les suivre ;
Ils se disent heureux, et le monde les voit !

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