Odelette à sa maistresse

La bibliothèque libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Pierre de RonsardLes Meslanges

Odelette à sa maistresse


Je veux aymer ardentement,

Aussi veus-je qu'egallement

On m'ayme d'une amour ardente :

Toute amitié froidement lente

Qui peut dissimuler son bien

Ou taire son mal, ne vaut rien,

Car faire en amours bonne mine

De n'aymer point c'est le vray sine[1].


Les amans si frois en esté

Admirateurs de chasteté,

Et qui morfondus petrarquisent,

Sont toujours sots, car ils meprisent

Amour, qui de sa nature est

Ardent et pront, et à qui plest

De faire qu'une amitié dure

Quand elle tient de sa nature.



  1. signe