| À Femme avare, galant Escroc | ◄ | Contes | ► | Le Villageois qui a perdu son veau |
- Certain jaloux ne dormant que d'un oeil,
- Interdisait tout commerce à sa femme.
- Dans le dessein de prévenir la dame
- Il avait fait un fort ample recueil
- De tous les tours que le sexe sait faire.
- Pauvre ignorant ! comme si cette affaire
- N'était une hydre, à parler franchement.
- Il captivait sa femme cependant;
- De ses cheveux voulait savoir le nombre ;
- La faisait suivre, à toute heure, en tous lieux,
- Par une vieille au corps tout rempli d'yeux,
- Qui la quittait aussi peu que son ombre.
- Ce fou tenait son recueil fort entier
- ll le portait en guise de psautier,
- Croyant par là cocuage hors de gamme .
- Un jour de fête, arrive que la dame
- En revenant de l'église passa
- Près d'un logis, d'où quelqu'un lui jeta
- Fort à propos plein un panier d'ordure.
- On s'excusa: la pauvre créature
- Toute vilaine entra dans le logis.
- Il lui fallut dépouiller ses habits.
- Elle envoya quérir une autre jupe,
- Dès en entrant, par cette douagna,
- Qui hors d'haleine à Monsieur raconta
- Tout l'accident. Foin, dit-il, celui-là
- N'est dans mon livre, et je suis pris pour dupe:
- Que le recueil au diable soit donne.
- Il disait bien; car on n'avait jeté
- Cette immondice, et la dame gâté,
- Qu'afin qu'elle eut quelque valable excuse
- Pour éloigner son dragon quelque temps.
- Un sien galant ami de là-dedans
- Tout aussitôt profita de la ruse.
- Nous avons beau sur ce sexe avoir l'oeil:
- Ce n'est coup sûr encontre tous esclandres.
- Maris jaloux, brûlez votre recueil
- Sur ma parole, et faites-en des cendres.