Origine des plantes cultivées/Deuxième partie I

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Deuxième partie
Étude des espèces au point de leur origine, des premiers temps de leur culture et des principaux faits de leur dispersion.
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Plantes cultivées pour leurs parties souterraines
Chapitre II
Plantes cultivées pour leurs tiges ou leurs feuilles
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DEUXIÈME PARTIE

ÉTUDE DES ESPÈCES
AU POINT DE VUE DE LEUR ORIGINE
DES PREMIERS TEMPS DE LEUR CULTURE
ET DES PRINCIPAUX FAITS DE LEUR DISPERSION[1].

CHAPITRE PREMIER

PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES
TELLES QUE RACINES, BULBES OU TUBERCULES[2].

Radis, Raifort.Raphanus sativus, Linné.

Le radis est cultivé pour ce qu’on appelle la racine, qui est, à proprement parler, la partie inférieure de la tige avec la racine pivotante[3]. On sait à quel point la grosseur, la forme et la couleur de ces organes, qui deviennent charnus, peuvent varier, suivant le terrain et les races cultivées.

Il n’y a pas de doute que l’espèce est originaire des régions tempérées de l’ancien monde ; mais, comme elle s’est répandue dans les jardins, depuis les temps historiques les plus reculés, de la Chine et du Japon jusqu’en Europe, et qu’elle se sème fréquemment autour des cultures, il est difficile de préciser son point de départ.

Naguère on confondait avec le Raphanus sativus des espèces voisines, de la région méditerranéenne, auxquelles on attribuait certains noms grecs ; mais le botaniste J. Gay, qui a beaucoup contribué à éliminer ces formes analogues[4], regardait le R. sativus comme originaire d’Orient, peut-être de Chine. Linné supposait aussi une origine chinoise, du moins quant à une variété qu’on cultive en Chine pour extraire l’huile des graines[5]. Plusieurs flores du midi de l’Europe mentionnent l’espèce comme subspontanée ou échappée des cultures, jamais comme spontanée. Ledebour avait vu un échantillon recueilli près du mont Ararat. Il en avait semé les graines et vérifié l’espèce[6]. Cependant M. Boissier[7], en 1867, dans sa flore d’Orient, se borne à dire : « Subspontané dans les cultures de l’Anatolie, près de Mersiwan (d’après Wied en Palestine (d’après lui-même), en Arménie (d’après Ledebour) et probablement ailleurs », ce qui ressemble aux assertions des flores européennes. M. Buhse[8] cite une localité, les monts Ssahend, au midi du Caucase, qui parait devoir être assez en dehors des cultures. Les flores récentes de l’Inde anglaise[9] et l’ancienne flore de Cochinchine de Loureiro indiquent l’espèce seulement comme cultivée. M. Maximowicz l’a vue dans un jardin du nord-est de la Chine[10]. Thunberg en parle comme d’une plante généralement cultivée au Japon et croissant aussi le long des chemins[11] ; mais ce dernier fait n’est pas répété par les auteurs modernes, probablement mieux informés[12].

Hérodote (Hist., 1. 2, c. 125) parle d’un radis, qu’il nomme Surmaia, dont une inscription de la pyramide de Chéops mentionnait l’emploi par les ouvriers. Unger[13] a copié dans l’ouvrage de Lepsius deux figures du temple de Karnak, dont la première tout au moins parait représenter le radis.

D’après cela, en résumé : 1° l’espèce se répand facilement hors des cultures dans la région de l’Asie occidentale et de l’Europe méridionale, ce qui n’est pas mentionné d’une manière certaine dans les flores de l’Asie orientale ; 2° les localités au midi du Caucase, sans indication de culture, font présumer que la plante y est spontanée. Par ces deux motifs, elle semble originaire de l’Asie occidentale, entre la Palestine, l’Anatolie et le Caucase, peut-être aussi de la Grèce ; la culture l’aurait répandue vers l’ouest et l’est, depuis des temps très anciens.

Les noms vulgaires appuient ces hypothèses. En Europe, ils offrent peu d’intérêt quand ils se rapportent à la qualité de racine (Radis) ou à quelque comparaison avec la rave (Ravanello en italien, Rabica en espagnol, etc.), mais les Grecs anciens avaient créé le nom spécial de Raphanos (qui lève facilement). Le mot italien Ramoraccio dérive du grec Armoracia, qui signifiait le R. sativus ou quelque espèce voisine. Les modernes l’ont transporté, par erreur, au Cochlearia Armoracia soit Cran, dont il est question plus loin. Les Sémites[14] ont des noms tout autres (Fugla en hébreu, Fuil, fidgel, figl, etc., en arabe). Dans l’Inde, d’après Roxburgh[15], le nom vulgaire d’une variété à racine énorme, aussi grosse quelquefois que la jambe d’un homme, est Moola ou Moolee (prononcez Moula, Mouli), en sanscrit Mooluka (prononcez Moulouka). Enfin, pour la Cochinchine, la Chine et le Japon, les auteurs citent des noms variés, très différents les uns des autres. D’après cette diversité, la culture serait très ancienne de la Grèce au Japon ; mais on ne peut rien en conclure relativement à la patrie originelle comme plante spontanée.

À cet égard, il existe une opinion complètement différente qu’il faut aussi examiner. Plusieurs botanistes[16] soupçonnent que le Raphanus sativus est simplement un état particulier, à grosse racine et à fruit non articulé, du Raphanus Raphanistrum, plante très commune dans les terrains cultivés de l’Europe et de l’Asie tempérées et qu’on trouve aussi à l’état spontané dans les sables et les terrains légers du bord de la mer, par exemple à Saint-Sébastien, en Dalmatie et à Trébizonde[17]. Les localités ordinaires dans les champs abandonnés, et beaucoup de noms vulgaires qui signifient radis sauvage montrent l’affinité des deux plantes. Je n’insisterais pas si leur identité supposée n’était qu’une présomption, mais elle repose sur des expériences et des observations qu’il est important de connaître.

Dans le R. Raphanistrum la silique est articulée, c’est-à-dire étroite de place en place, et les graines sont contenues dans chaque article. Dans le R. sativus, la silique est continue et forme une seule cavité intérieure. Quelques botanistes avaient constitué sur cette différence des genres distincts, Raphanistrum et Raphanus, Mais trois observateurs très exacts, Webb, J. Gay et Spach, ont constaté, parmi des pieds de Raphanus sativus, venant des mêmes graines, des siliques tantôt uniloculaires et tantôt articulées, qui sont alors bi ou pluriloculaires[18]. Webb ayant répété plus tard ces expériences est arrivé aux mêmes résultats, avec un détail de plus, assez important : le radis semé de lui-même au hasard, et non cultivé, donnait des siliques de Raphanistrum[19]. Une autre différence entre les deux plantes est celle des racines, charnues dans le R. sativus, grêles dans le R. Raphanistrum, mais cela change selon les cultures, d’après des expériences de M. Carrière, jardinier en chef des pépinières du Muséum d’histoire naturelle de Paris[20]. Il a eu l’idée de semer dans un terrain fort et dans un terrain léger du Raphanistrum à racine grêle, et dès la quatrième génération il a récolté des radis charnus, de forme et de couleur variées, comme ceux des jardins. Il en donne même les figures, qui sont véritablement curieuses et probantes. Le goût piquant du radis ne faisait pas défaut. Pour obtenir ces changements, M. Carrière semait au mois de septembre, de manière à rendre la plante presque bisannuelle, au lieu d’annuelle. On comprend qu’il en résulte l’épaississement de la racine, car beaucoup de plantes bisannuelles ont des racines charnues.

Il resterait à faire l’expérience inverse, de semer des radis cultivés dans un mauvais terrain. Probablement, les racines deviendraient de plus en plus maigres, comme les siliques deviennent, en pareil cas, de plus en plus articulées.

D’après l’ensemble des expériences dont nous venons de parler, le Raphanus sativus pourrait bien être une forme du R. Raphanistrum, forme peu stable, déterminée par l’existence de quelques générations dans un terrain fertile. On ne peut pas supposer que les anciens peuples non civilisés aient fait des essais comme ceux de M. Carrière, mais ils ont pu remarquer des Raphanistrum venus dans des terrains fortement fumés, ayant des racines plus ou moins charnues ; sur quoi l’idée de les cultiver a pu leur venir facilement.

Je ferai cependant une objection tirée de la géographie botanique. Le Raphanus Raphanistrum est une plante d’Europe, qui n’existe pas en Asie[21]. Ce n’est donc pas de cette espèce que les habitants de l’Inde, du Japon et de la Chine ont pu tirer les radis qu’ils cultivent depuis des siècles. D’un autre côté, comment le R. Raphanistrum, qu’on suppose transformé en Europe, aurait-il été transmis dans ces temps anciens au travers de toute l’Asie ? Les transports de plantes cultivées ont marché communément d’Asie en Europe. Chang-kien avait bien apporté des légumes de Bactriane en Chine dans le IIe siècle avant Jésus-Christ, mais on ne cite pas le radis comme étant du nombre.

Cran, Cranson, Raifort sauvage.Cochlearia Armoracia, Linné.

Cette Crucifère, dont la racine d’une consistance assez dure a le goût de moutarde, était appelée quelquefois Cran ou Cranson de Bretagne. C’était une erreur, causée par un ancien nom botanique, Armoracia, qu’on prenait pour Armorica (de Bretagne]. Armoracia est déjà dans Pline et s’appliquait à une Crucifère de la province du Pont qui était peut-être le Raphanus sativus. Après avoir signalé jadis[22] cette confusion, je m'exprimais de la manière suivante sur l’origine méconnue de l’espèce :

« Le Cochlearia Armoracia n’est pas sauvage en Bretagne. C’est constaté par les botanistes zélés qui explorent aujourd’hui la France occidentale. M. l’abbé Delalande en parle dans son opuscule intitulé Hœdic et Houat[23], où il rend compte d’une manière si intéressante des usages et des productions de ces deux petites îles de la Bretagne. Il cite l’opinion de M. Le Gall, qui, dans une Flore (non publiée) du Morbihan, déclare la plante étrangère à la Bretagne. Cette preuve, du reste, est moins forte que les autres, parce que le côté septentrional de la péninsule bretonne n’est pas encore assez connu des botanistes, et que l’ancienne Armorique s’étendait sur une portion de la Normandie où maintenant on trouve quelquefois le Cochlearia sauvage[24]. Ceci me conduit à parler de la patrie primitive de l’espèce.

Les botanistes anglais l’indiquent comme spontanée dans la Grande-Bretagne, mais ils doutent de son origine. M. H.-C. Watson[25] la regarde comme introduite. La difficulté, dit-il, de l’extirper des endroits où on la cultive est bien connue des jardiniers. Il n’est donc pas étonnant que cette plante s’empare des terrains abandonnés et y persiste, au point de paraître aborigène. M. Babington[26] ne mentionne qu’une seule localité où l’espèce ait véritablement l’apparence d’être sauvage, savoir Swansea, dans le pays de Galles. Tâchons de résoudre le problême par d’autres arguments.

Le Cochlearia Armoracia est une plante de l’Europe tempérée, orientale principalement. Elle est répandue de la Finlande à Astrakhan et au désert de Cuman[27]. Grisebach l’indique aussi dans plusieurs localités de la Turquie d’Europe, par exemple près d’Enos, où elle est abondante au bord de la mer[28].

Plus on avance vers l’ouest de l’Europe, moins les auteurs de Flores paraissent certains de la qualité indigène, plus les localités sont éparses et suspectes. L’espèce est plus rare en Norvège qu’en Suède[29], et dans les îles britanniques plus qu’en Hollande, où l’on ne soupçonne pas une origine étrangère[30].

Les noms de l’espèce confirment une habitation primitive à l’est plutôt qu’à l’ouest de l’Europe ; ainsi le nom Chren, en russe[31], se retrouve dans toutes les langues slaves : Krenai en lithuanien, Chren en illyrien[32], etc. Il s’est introduit dans quelques dialectes allemands, par exemple autour de Vienne[33], ou bien il a persisté dans ce pays, malgré la superposition de la langue allemande. Nous lui devons aussi le mot français Cran ou Cranson. Le mot usité en Allemagne, Meerretig, et en Hollande, Meer-radys, d’où notre dialecte de la Suisse romande a tiré le mot Méridi ou Mérédi, signifie radis de mer et n’a pas quelque chose de primitif comme le mot Chren, Il résulte probablement de ce que l’espèce réussit près de la mer, circonstance commune avec beaucoup de Crucifères et qui doit se présenter pour celle-ci, car elle est spontané dans la Russie orientale, où il y a beaucoup de terrains salés. Le nom suédois Peppar-rot[34] peut faire penser que l’espèce est plus récente en Suède que l’introduction du poivre dans le commerce du nord de l’Europe. Toutefois ce nom pourrait avoir succédé à un autre plus ancien demeuré inconnu. Le nom anglais Horse radish (radis de cheval) n’est pas d’une nature originale, qui puisse faire croire à l’existence de l’espèce dans le pays avant la domination anglo-saxonne. Il veut dire radis très fort. Le nom gallois Rhuddygl maurth[35], n’est que la traduction du mot anglais, d’où l’on peut inférer que les Celtes de la Grande-Bretagne n’avaient pas un nom spécial et ne connaissaient pas l’espèce. Dans la France occidentale, le nom de Raifort, qui est le plus usité, signifie simplement racine forte. On disait autrefois en France Moutarde des Allemands, Moutarde des capucins, ce qui montre une origine étrangère et peu ancienne. Au contraire, le mot Chren de toutes les langues slaves, mot qui a pénétré dans quelques dialectes allemands et français sous la forme de Kreen et Cran ou Cranson, est bien d’une nature primitive, montrant l’antiquité de l’espèce dans l’Europe orientale tempérée. Il est donc infiniment probable que la culture a propagé et naturalisé la plante de l’est à l’ouest, depuis environ un millier d’années. »

Raves et Navets à racines charnues.Brassicæ species et varietates radïce incrassata.

Les innombrables variétés connues sous les noms de Raves, Navets, Choux-raves, Rutabagas, Turneps, avec leurs sous-variétes, se rapportent à quatre espèces de Linné : Brassica Napus, Br. oleracea, Br. Rapa et Br. campestris, ces deux dernières devant être plutôt réunies en une, d après les auteurs modernes. D’autres variétés des mêmes espèces sont cultivées pour les feuilles (choux), les inflorescences (choux-fleurs), ou encore pour l’huile qu’on extrait des graines (colza, navette, etc.). Quand la racine ou le bas de la tige[36] sont charnus, les graines n’abondent pas, et il ne vaut pas la peine d’en tirer de l’huile ; quand ces organes sont minces, c’est au contraire la production de graines qui l’emporte et qui décide de l’emploi économique. En d’autres termes, les réserves de matières nutritives se déposent tantôt dans la partie inférieure et tantôt dans la partie supérieure de la plante, quoique l’organisation de la fleur et du fruit reste semblable ou à peu près.

Nous n’avons pas à nous occuper pour la question d’origine des limites botaniques des espèces et de la classification des races, variétés et sous-variétés[37] attendu que tous les Brassica sont originaires d’Europe et de Sibérie et s’y voient encore, sous quelque forme, à l’état spontané ou presque spontané.

Des plantes aussi communes dans les cultures et dont la germination est si facile se répandent fréquemment autour des terrains cultivés. De là quelque incertitude sur la spontanéité des pieds que l’on rencontre en rase campagne. Cependant Linné indique le Brassica Napus dans les sables du bord de la mer, en Suède (Gotland), en Hollande et en Angleterre, ce qui est confirmé pour la Suède méridionale par Fries[38], lequel, toujours attentif aux questions de cette nature, mentionne le Brassica campestris L. (type du Rapa, avec racines grêles) comme vraiment spontané dans toute la péninsule Scandinave, la Finlande et le Danemark. Ledebour[39] l’indique dans toute la Russie, la Sibérie et sur les rives de la mer Caspienne.

Les flores de l’Asie tempérée et méridionale mentionnent les raves et navets comme cultivés, jamais comme se répandant hors des cultures[40]. C’est déjà un indice d’origine étrangère. Les documents linguistiques ne sont pas moins significatifs.

Il n’existe aucun nom sanscrit pour ces plantes, mais seulement des noms modernes indous et bengalis, et encore pour les seuls Brassica Rapa et oleracea[41]. Kæmpfer[42] cite pour la rave des noms japonais, Busei ou plus communément Aona, mais rien ne prouve que ces noms soient anciens. Le docteur Bretschneider, qui a étudié attentivement les auteurs chinois, ne mentionne aucun Brassica. Apparemment il n’en est pas question dans les anciens ouvrages de botanique et d’agriculture, quoique maintenant en Chine on en cultive plusieurs variétés.

Transportons-nous en Europe. C’est tout l’opposé. Les langues anciennes ont une foule de noms qui paraissent originaux. Le Brassica Rapa se nomme dans le celtique du pays de Galles Meipen ou Erfinen[43] ; dans plusieurs langues slaves[44], Repa, Rippa, ce qui répond au Rapa des Latins et n’est pas éloigné du Neipa des Anglo-Saxons. Le Brassica Napus est en celtique gallois Bresych yr yd ; dans le dialecte irlandais, Braisseagh buigh, d’après Threlkeld[45], qui voit dans Braisseagh l’origine du Brassica des Latins. On cite un nom polonais Karpiele, un nom lithuanien Jellazoji[46], sans parler d’une foule d’autres noms, parfois transposés dans le langage populaire d’une espèce à une autre. Je parlerai plus loin des noms du Brassica oleracea à l’occasion des légumes.

Les Hébreux n’avaient point de noms pour les choux, raves ou navets[47], mais il existe des noms arabes : Selgam pour le Br. Napus, et Subjum ou Subjumi pour le Br. Rapa, noms qui se retrouvent en persan et même en bengali, transposés peut-être d’une espèce à l’autre. La culture de ces plantes dans le sud-ouest de l’Asie s’est donc répandue depuis l’antiquité hébraïque.

En définitive, on parvient par toutes les voies, botanique, historique et linguistique, aux conclusions suivantes :

1° Les Brassica à racines charnues sont originaires de l’Europe tempérée.

2° Leur culture s’est répandue en Europe avant et dans l’Inde après l’invasion des Aryas.

3° La forme primitive, à racine grêle, du Brassica Napus, appelée Br. campestris, avait probablement une habitation primitive plus étendue, de la péninsule Scandinave vers la Sibérie et le Caucase. Sa culture s’est propagée peut-être en Chine et au Japon par la Sibérie, à une époque qui ne paraît pas beaucoup plus reculée que la civilisation gréco-romaine. 4° La culture des diverses formes ou espèces de Brassica s’est propagée dans le sud-ouest de l’Asie depuis les anciens Hébreux.

Chervis.Sium Sisarum, Linné.

Cette Ombellifère vivace, pourvue de plusieurs racines divergentes en forme de carotte, est considérée comme venant de l’Asie orientale. Linné indiquait avec doute la Chine, et Loureiro[48] la Chine et la Cochinchine, où, disait-il, on la cultive. D’autres ont mentionné le Japon et la Corée, mais il y a dans ces pays des espèces qu’il est aisé de confondre avec celle-ci, en particulier le Sium Ninsi et le Panax Ginseng. M. Maximowicz[49], qui a vu ces plantes au Japon et en Chine, et pour lequel les herbiers de Saint-Pétersbourg ont été très instructifs, ne reconnaît comme patrie du Sium Sisarum spontané que la Sibérie altaïque et la Perse septentrionale. Je doute beaucoup qu’on la découvre en Chine ou dans l’Himalaya, attendu que les ouvrages modernes sur la région du fleuve Amour et sur l’Inde anglaise ne la mentionnent pas.

Il est douteux que les anciens Grecs et Romains aient connu cette plante. On lui attribue le nom Sisaron de Dioscoride, Siser de Columelle et de Pline[50]. Certainement le nom italien actuel Sisaro, Sisero est à l’appui de cette idée ; mais comment les auteurs n’auraient-ils pas noté que plusieurs racines descendent du bas de la tige, tandis que dans toutes les autres Ombellifères cultivées en Europe il n’y a qu’une racine pivotante ? A la rigueur, le Siser de Columelle, plante cultivée, était peut-être le Chervis ; mais ce que dit Pline du Siser[51] ne lui convient pas. Selon lui, « c’était une plante officinale » (inter medica dicendum). Il raconte que Tibère en faisait venir d’Allemagne, chaque année, une grande quantité, ce qui prouve, ajoute-t-il, qu’elle aime les pays froids.

Si les Grecs avaient reçu la plante directement de la Perse, il est probable que Théophraste l’aurait connue. Elle est peut-être venue de Sibérie en Russie et de là en Allemagne. Dans ce cas, l’anecdote sur Tibère s’appliquerait bien au Chervis. Je ne vois pas, il est vrai, de nom russe ; mais les Allemands ont des noms originaux Krizel, ou Grizel, Görlein ou Gierlein qui indiquent une ancienne culture, plus que le nom ordinaire Zuckerwurzel, qui signifie racine sucrée[52]. Le nom danois a le même sens : Sokerot, d’où les Anglais ont fait Skirret, Le nom Sisaron n’est pas connu dans la Grèce moderne ; il ne l’était même pas au moyen âge, et la plante n’est pas cultivée actuellement dans ce pays[53]. Ce sont des motifs pour douter du vrai sens des mots Sisaron et Siser, Quelques botanistes du XVIe siècle ont pensé que Sisaron était peut-être le Panais, et Sprengel[54] appuie cette idée.

Les noms français Chervis et Girole[55] apprendraient peut-être quelque chose si l’on en connaissait l’origine. Littré fait dériver Chervis de l’espagnol Chirivia, mais il est plus probable que celui-ci dérive du français. Jean Bauhin[56] indique, dans la basse latinité, Servillum, Chervillum ou Servillam, mots qui ne sont pas dans le Dictionnaire de Ducange. Ce serait bien l'origine de Chervis, mais d’où venait Servillum soit Chervillum ?

Arracacha ou Arracacia. — Arracacha esculenta, de Candolle.

Ombellifère généralement cultivée dans le Venezuela, la Nouvelle-Grenade et l’Équateur comme plante nutritive. Dans les régions tempérées de ces pays, elle soutient la comparaison avec la pomme de terre et donne même, assure-t-on, une fécule plus légère et plus agréable. La partie inférieure de la tige est renflée en une bulbe sur laquelle se forment, quand la plante végète bien et pendant plusieurs mois, des tubercules ou caïeux latéraux plus estimés que la bulbe centrale et qui servent aux plantations ultérieures[57].

L’espèce est probablement indigène dans la région où on la cultive, mais je ne vois pas chez les auteurs des assertions positives à cet égard. Les descriptions qui existent ont été faites sur des pieds cultivés. Grisebach dit bien qu’il a vu (je présume dans l’herbier de Kew) des échantillons recueillis à la Nouvelle-Grenade, au Pérou et à la Trinité[58] ; mais il ne s’explique pas sur la spontanéité. Les autres espèces du genre, au nombre d’une douzaine, croissent dans les mêmes parties de l’Amérique, ce qui rend l’origine indiquée plus vraisemblable.

L’introduction de l’Arracacha en Europe a été tentée plusieurs fois, sans avoir jamais réussi. Le climat humide de l’Angleterre devait faire échouer les essais de sir W. Hooker ; mais les nôtres, faits à deux reprises, dans des conditions très différentes, n’ont pas eu plus de succès. Les caïeux latéraux ne se sont pas formés, et la bulbe centrale a péri dans la serre où nous l’avions déposée pendant l’hiver. Les bulbes que nous avions communiquées à divers jardins botaniques, en Italie, en France et ailleurs, ont eu le même sort. Évidemment, si la plante, en Amérique, vaut réellement la pomme de terre comme produit et comme goût, ce ne sera jamais le cas en Europe. Sa culture ne s’est pas répandue au loin en Amérique, jusqu’au Chili et au Mexique, comme celle de la pomme de terre ou de la Batate, ce qui confirme les difficultés de propagation observées ailleurs.

Garance.Rubia tinctorum, Linné.

La garance est certainement spontanée en Italie, en Grèce, en Crimée, dans l’Asie Mineure, en Syrie, en Perse, en Arménie et près de Lenkoran[59]. En avançant de l’est à l’ouest dans le midi de l’Europe, la qualité de plante spontanée, originaire, est de plus en plus douteuse. Déjà en France on hésite. Dans le nord et l’est, la plante paraît « naturalisée dans les haies, sur les murailles[60], » ou « subspontanée » à la suite d’anciennes cultures[61]. En Provence, en Languedoc, elle est plus spontanée ou, comme on dit « sauvage », mais il se peut bien qu’elle se soit répandue à la suite des cultures, faites assez en grand. Dans la péninsule espagnole, elle est indiquée comme « subspontanée[62] ». De même dans l’Afrique septentrionale[63]. Évidemment l’habitation naturelle, ancienne et incontestable est l’Asie tempérée occidentale et le sud-est de l’Europe. Il ne parait pas qu’on ait trouvé la plante au delà de la mer Caspienne, dans le pays occupé jadis par les Indo-Européens, mais cette région est encore peu connue. L’espèce n’existe dans l’Inde qu’à l’état de plante cultivée, sans aucun nom sanscrit[64].

On ne connaît pas davantage un nom hébreu, tandis que les Grecs, les Romains, les Slaves, les Germains, les Celtes avaient des noms variés qu’un érudit ramènerait peut-être à une ou deux racines, mais qui indiquent cependant par leurs flexions multiples une date ancienne. Probablement on a recueilli les racines sauvages, dans la campagne, avant d’avoir l’idée de cultiver l’espèce. Pline dit bien qu’on la cultivait en Italie de son temps[65], et il est possible qu’en Grèce et dans l’Asie Mineure cet usage fût plus ancien.

La culture de la garance est souvent mentionnée dans les actes français du moyen âge[66]. Ensuite on l’avait négligée ou abandonnée, jusqu’à l’époque où Althen l’introduisit de nouveau dans le comté d’Avignon, au milieu du XVIIIe siècle. Elle était jadis florissante en Alsace, en Allemagne, en Hollande et surtout dans la Grèce, l’Asie Mineure et la Syrie, d’où l’exportation était considérable, mais la découverte de matières tinctoriales tirées de substances inorganiques a supprimé cette culture, au détriment des provinces qui en obtenaient de grands bénéfices.

Topinambour.Helianthus tuberosus, Linné.

C’est dans l’année 1616 que les botanistes européens ont parlé pour la première fois de cette Composée à grosse racine, meilleure pour la nourriture des animaux que pour celle de l’homme. Columna[67] l’avait vue dans le jardin du cardinal Farnèse et l’avait nommée Aster peruanus tuberosus. D’autres auteurs du même siècle ont donné des épithètes qui montrent qu’on la croyait ou du Brésil, ou du Canada, ou de l’Inde, ce qui voulait dire l’Amérique. Linné[68] avait adopté, d’après l’opinion de Parkinson, l’origine canadienne, dont il n’avait cependant aucune preuve. J’ai fait remarquer autrefois[69] qu’il n’y a pas d’espèces du genre Helianthus au Brésil, et qu’elles sont au contraire nombreuses dans l’Amérique du Nord.

Schlechtendal[70], après avoir constaté que le Topinambour supporte des hivers rigoureux dans le centre de l’Europe, fait observer que c’est favorable à l’idée d’une origine canadienne et contraire à celle d’une provenance de quelque région méridionale. Decaisne[71] a pu élaguer dans la synonymie de l’H. tuberosus plusieurs citations qui avaient fait croire à une origine de l’Amérique méridionale ou du Mexique. Comme les botanistes américains, il rappelle ce que d’anciens voyageurs avaient dit sur certaines coutumes des indigènes du nord des États-Unis et du Canada. Ainsi Champlain, en 1603, avait vu « entre leurs mains des racines qu’ils cultivent, lesquelles ont le goût d’artichaut. » Lescarbot[72] parle de ces racines, ayant goût de cardon, qui multiplient beaucoup, et qu’il avait rapportées en France, où l’on commençait à les vendre sous le nom de Topinambaux, Les sauvages, dit-il, les appellent Chiquebi, Decaisne cite encore deux horticulteurs français du XVIIe siècle. Colin et Sagard, qui parlent évidemment du Topinambour et disent qu’il venait du Canada. Notons qu’à cette époque le nom de Canada avait un sens vague et comprenait quelques parties des États-Unis actuels. Gookin, auteur américain sur les coutumes des indigènes, dit que ceux-ci mettaient des morceaux de Topinambour (Jerusalem artichoke) dans leurs potages[73].

Les analogies botaniques et les témoignages de contemporains s’accordent, comme on voit, dans le sens de l’origine du nord-est de l’Amérique. Le Dr Asa Gray, voyant qu’on ne trouvait pas la plante sauvage, l’avait supposée une forme de l’H. doronicoides de Lamarck, mais on dit maintenant qu’elle est spontanée dans l’état d’Indiana[74].

Le nom Topinambour paraît venir de quelque nom réel ou supposé des langues américaines. Celui des Anglais, Jérusalem artichoke, est une corruption de l’italien Girasole (Tournesol), combinée avec une allusion au goût d’artichaut de la racine.

Salsifis.Tragopogon porrifolium, Linné.

Le salsifis ou, comme on écrivait jadis, Sercifi[75], était plus cultivé il y a un siècle ou deux qu’à présent. C’est une Composée bisannuelle, qu’on trouve à l’état sauvage en Grèce, en Dalmatie, en Italie et même en Algérie[76]. Elle s’échappe assez souvent des jardins dans l’ouest de l’Europe et se naturalise à moitié[77].

Les commentateurs[78] attribuent le nom Tragopogon (barbe de bouc) de Théophraste tantôt à l’espèce actuelle et tantôt au Tragopogon crocifolium, qui croît également en Grèce. Il est difficile de savoir si les anciens cultivaient le Salsifis ou le recueillaient dans la campagne. Dans le XVIe siècle, Olivier de Serres dit que c’était une culture nouvelle pour son pays, le midi de la France. Notre mot Salsifis vient de l’italien Sassefrica, qui frotte les pierres, sens qui n’a rien de raisonnable.

Scorsonère d’Espagne.Scorzonera hispanica, Linné.

On donne quelquefois à cette plante le nom de Salsifis ou Salsifis d’Espagne, parce qu’elle ressemble au salsifis (Tragopogon porrifolium) ; mais sa racine est brune extérieurement : d’où viennent le nom botanique et celui d’écorce noire, usité dans quelques provinces.

Elle est spontanée en Europe, depuis l’Espagne, où elle est commune, le midi de la France et l’Allemagne, jusqu’à la région du Caucase et peut-être jusqu’en Sibérie, mais elle manque à la Sicile et la Grèce[79]. Dans plusieurs localités d’Allemagne, l’espèce est probablement naturalisée à la suite des cultures.

Il ne parait pas qu’on cultive cette plante depuis plus de cent ou cent cinquante ans. Les botanistes du XVIe siècle n’en parlent que comme d’une espèce sauvage, introduite quelquefois dans les jardins botaniques. Olivier de Serres ne la mentionne pas.

On avait prétendu jadis que c’était un antidote contre la morsure des vipères, et on appelait quelquefois la plante vipérine. Quant à l’étymologie du nom Scorzonère, elle est si évidente qu’on ne comprend pas pourquoi d’anciens auteurs, même Tournefort[80], ont avancé que l’origine est escorso, vipère, en espagnol ou en catalan. Vipère se dit plutôt, en espagnol, vibora.

Il existe en Sicile un Scorzonera deliciosa, Gussone, dont la racine extrêmement sucrée sert à confectionner des bonbons et des sorbets à Palerme[81]. Comment n’a-t-on pas essayé de la cultiver ? Je conviens qu’on m’a servi, à Naples, des glaces à la Scorzonera, que j’ai trouvées détestables, mais elles étaient faites peut-être avec l’espèce ordinaire (Scorzonera hispanica).

Pomme de terre.Solanum tuberosum, Linné.

J’ai exposé, en 1855, et discuté ce qu’on savait alors sur l’origine de la Pomme de terre et sur son introduction en Europe[82]. J’ajouterai maintenant ce qu’on a découvert depuis un quart de siècle. On verra que les données acquises autrefois sont devenues plus certaines et que plusieurs questions accessoires un peu douteuses sont restées telles, avec des probabilités cependant plus fortes en faveur de ce qui me paraissait jadis vraisemblable.

Il est bien prouvé qu’à l’époque de la découverte de l’Amérique la culture de la Pomme de terre était pratiquée, avec toutes les apparences d’un ancien usage, dans les régions tempérées qui s’étendent du Chili à la Nouvelle-Grenade, à des hauteurs différentes selon les degrés de latitude. Cela résulte du témoignage de tous les premiers voyageurs, parmi lesquels je rappellerai Acosta[83] pour le Pérou, et Pierre Cieca, cité par de L’Écluse[84], pour Quito.

Dans les parties tempérées orientales de l’Amérique méridionale, par exemple sur les hauteurs de la Guyane et du Brésil, la Pomme de terre n’était pas connue des indigènes, ou, s’ils connaissaient une plante analogue, c’était le Solanum Commersonii, qui a aussi des tubercules et se trouve sauvage à Montevideo et dans le Brésil méridional. La vraie Pomme de terre est bien cultivée aujourd’hui dans ce dernier pays, mais elle y est si peu ancienne qu’on lui a donné le nom de Batate des Anglais[85] D’après de Humboldt, elle était inconnue au Mexique[86], circonstance confirmée par le silence des auteurs subséquents, mais contredite, jusqu’à un certain point, par une autre donnée historique.

On dit, en effet, que Walter Raleigh, ou plutôt son compagnon dans plusieurs voyages, Thomas Herriott, avait rapporté, en 1585 ou 1586, des tubercules de Pomme de terre de la Virginie[87] en Irlande. Le nom du pays était Openawk (prononcez Openauk), D’après la description de la plante par Herriott, citée par sir Joseph Banks[88], il n’y a pas de doute que c’était la pomme de terre et non la Batate, qu’on confondait quelquefois avec elle à cette époque. D’ailleurs Gérard[89] nous dit avoir reçu de Virginie la Pomme de terre, qu’il cultivait dans son jardin en 1597 et dont il donne une figure parfaitement conforme au Solanum tuberosum. Il en était si fier que son portrait, à la tête de l’ouvrage, le représente ayant en main un rameau fleuri de cette plante.

Comment l’espèce était-elle en Virginie ou dans la Caroline au temps de Raleigh, en 1585, tandis que les anciens Mexicains ne la possédaient pas et que la culture ne s’en était point répandue chez les indigènes au nord du Mexique ? Le Dr Boulin, qui a beaucoup étudié les ouvrages concernant l’Amérique septentrionale, m’affirmait jadis qu’il n’avait trouvé aucune indication de la Pomme de terre aux États-Unis avant l’arrivée des Européens. Le Dr Asa Gray me le disait aussi, en ajoutant que M. Harris, un des hommes les plus versés dans la connaissance de la langue et des usages des tribus du nord de l’Amérique, avait la même opinion. Je n’ai rien lu de contraire dans les publications récentes, et il ne faut pas oublier qu’une plante aussi facile à cultiver se serait répandue, même chez des peuples nomades, s’ils l’avaient possédée. La probabilité me paraît être que des habitants de la Virginie — peut-être des colons anglais — auraient reçu des tubercules par les voyageurs espagnols ou autres, qui trafiquaient ou cherchaient des aventures pendant les quatre-vingt-dix ans écoulés depuis la découverte de l’Amérique. Évidemment, à dater de la conquête du Pérou et du Chili, en 1535, jusqu’en 1585, beaucoup de vaisseaux ont pu emporter des tubercules de Pommes de terre comme provision, et W. Raleigh, faisant une guerre de flibustier aux Espagnols, lui ou un autre peut avoir pillé quelque vaisseau qui en contenait. Ceci est d’autant moins invraisemblable que les Espagnols avaient introduit la plante en Europe avant 1585.

Sir Joseph Banks[90] et Dunal[91] ont eu raison d’insister sur ce fait de l’introduction première par les Espagnols, attendu que pendant longtemps on a parlé surtout de Walter Raleigh, qui a été le second introducteur, et même d’autres Anglais, qui avaient apporté, non la Pomme de terre, mais la Batate, plus ou moins confondue avec elle[92]. Un botaniste célèbre, de L’Écluse[93], avait pourtant précisé les faits d’une manière remarquable. C’est lui qui a publié la première bonne description et bonne figure de la Pomme de terre, sous le nom significatif de Papas Peruanorum. D’après ce qu’il dit, l’espèce a bien peu changé par l’effet d’une culture de près de trois siècles, car elle donnait à l’origine jusqu’à 50 tubercules de grosseur inégale, ayant de un à deux pouces de longueur, irrégulièrement ovoïdes, rougeâtres, qui mûrissaient en novembre (à Vienne). La fleur était plus ou moins rose à l’extérieur et rosée à l’intérieur, avec cinq raies longitudinales de couleur verte, ce qu’on voit souvent aujourd’hui. On a obtenu sans doute de nombreuses variétés, mais l’état ancien n’est pas perdu. De L’Écluse compare le parfum des fleurs à celui du tilleul, seule différence d’avec nos plantes actuelles. Il sema des graines qui donnèrent une variété à fleurs blanches, comme nous en voyons quelquefois.

Les plantes décrites par de L’Écluse lui avaient été envoyées en 1588 par Philippe de Sivry, seigneur de Waldheim, gouverneur de Mons, qui les tenait de quelqu’un de la suite du légat du pape en Belgique. De L’Écluse ajoute que l’espèce avait été reçue en Italie d’Espagne ou d’Amérique (certum est vel ex Hispaniis, vel ex America habuisse), et il s’étonne qu’étant devenue commune en Italie, au point qu’on la mangeait comme des raves et qu’on en donnait aux porcs, les savants de l’école de Padoue en avaient eu connaissance par les tubercules qu’il leur envoya d’Allemagne. Targioni[94] n’a pas pu constater que la Pomme de terre eût été cultivée aussi fréquemment en Italie à la fin du XVIe siècle que le dit de L’Écluse, mais il cite le Père Magazzini, de Valombrosa, dont l’ouvrage posthume, publié en 1623, mentionne l’espèce comme apportée précédemment, sans indication de date, d’Espagne ou de Portugal, par des carmes déchaussés. Ce serait donc vers la fin du XVIe siècle ou au commencement du XVIIe que la culture se serait répandue en Toscane. Indépendamment de ce que disent de L’Écluse et l’agronome de Valombrosa sur l’introduction par la péninsule espagnole, il n’est nullement probable que les Italiens aient eu des rapports avec les compagnons de Raleigh.

Personne ne peut douter que la Pomme de terre ne soit originaire d’Amérique ; mais, pour connaître de quelle partie précisément de ce vaste continent, il est nécessaire de savoir si la plante s’y trouve à l’état spontané et dans quelles localités.

Pour répondre nettement à cette question, il faut d’abord écarter deux causes d’erreurs : l’une qu’on a confondue avec la Pomme de terre des espèces voisines du genre Solanum ; l’autre que les voyageurs ont pu se tromper sur la qualité de plante spontanée.

Les espèces voisines sont le Solanum Commersonii de Dunal, dont j’ai déjà parlé ; le S. Maglia de Molina, espèce du Chili ; le S. immite de Dunal, qui est du Pérou ; et le S. verrucosum de Schlechtendal, qui croît au Mexique. Ces trois sortes de Solanum ont des tubercules plus petits que le S. tuberosum et diffèrent aussi par d’autres caractères indiqués dans les ouvrages spéciaux de botanique. Théoriquement, on peut croire que toutes ces formes et d’autres encore croissant en Amérique, dérivent d’un seul état antérieur ; mais, à notre époque géologique, elles se présentent avec des diversités qui me paraissent justifier des distinctions spécifiques, et il n’a pas été fait d’expériences pour prouver qu’en fécondant l’une par l’autre on obtiendrait des produits dont les graines (et non les tubercules) continueraient la race[95]. Laissons de côté ces questions plus ou moins douteuses sur les espèces. Cherchons si la forme ordinaire du Solanum tuberosum a été trouvée sauvage, et notons seulement que l’abondance des Solanum à tubercules croissant en Amérique dans les régions tempérées, du Chili ou de Buenos-Ayres jusqu’au Mexique, confirme le fait de l’origine américaine. On ne saurait rien de plus que ce serait une forte présomption sur la patrie primitive.

La seconde cause d’erreur est expliquée très nettement par le (botaniste Weddell[96], qui a parcouru avec tant de zèle la Bolivie et les contrées voisines. « Quand on réfléchit, dit-il, que dans l’aride cordillière les Indiens établissent souvent leurs petites cultures sur des points qui paraîtraient presque inaccessibles à la grande majorité de nos fermiers d’Europe, on comprend qu’un voyageur visitant par hasard une de ces cultures depuis longtemps abandonnées, et y rencontrant un pied de Solanum tuberosum qui y a accidentellement persisté, le recueille, dans la persuasion qu’il y est réellement spontané ; mais où en est la preuve ? »

Voyons maintenant les faits. Ils sont nombreux pour ce qui concerne la spontanéité au Chili.

En 1822, Alexandre Caldcleugh[97] consul anglais, remet à la Société d’horticulture de Londres des tubercules de Pommes de terre qu’il avait recueillis « dans des ravins autour de Valparaiso ». Il dit que ces tubercules sont petits, tantôt rouges et tantôt jaunâtres, d’un goût un peu amer[98]. « Je crois, ajoute-t-il, que cette plante existe sur une grande étendue du littoral, car elle se trouve dans le Chili méridional, où les indigènes l’apellent Maglia. » Il y a probablement ici une confusion avec le S. maglia des botanistes ; mais les tubercules de Valparaiso, plantés à Londres, ont donné la vraie Pomme de terre, ce qui saute aux yeux en voyant la planche coloriée de Sabine dans les Transactions de la Société d’horticulture. On continua quelque temps à cultiver cette plante, et Lindley certifia de nouveau, en 1847, son identité avec la Pomme de terre commune[99]. Voici ce qu’un voyageur expliquait à sir William Hooker[100] sur la plante de Valparaiso : « J’ai noté la Pomme de terre sur le littoral jusqu’à 15 lieues au nord de cette ville, et au midi, mais sans savoir jusqu’à quelle distance. Elle habite sur les falaises et les collines près de la mer, et je n’ai pas souvenir de l’avoir vue à plus de deux ou trois lieues de la côte. Bien qu’on la trouve dans les endroits montueux, loin des cultures, elle n’existe pas dans le voisinage immédiat des champs et des jardins où on la plante, excepté lorsqu’un ruisseau traverse ces terrains et porte des tubercules dans les endroits non cultivés. » Les Pommes de terre décrites par ces deux voyageurs avaient des fleurs blanches, comme cela se voit dans quelques variétés cultivées en Europe, et comme la plante semée jadis par de L’Écluse. On peut présumer que c’est la couleur primitive pour l’espèce ou, au moins, une des plus fréquentes à l’état spontané.

Darwin, dans son voyage à bord du Beagle, trouva la Pomme de terre sauvage dans l’archipel Chonos, du Chili méridional, sur les sables du bord de la mer, en grande abondance, et végétant avec une vigueur singulière, qu’on peut attribuer à l’humidité du climat. Les plus grands individus avaient quatre pieds de hauteur. Les tubercules étaient petits, quoique l’un d’eux eût deux pouces de diamètre. Ils étaient aqueux, insipides, mais sans mauvais goût après la cuisson. « La plante est indubitablement spontanée », dit l’auteur[101] et l’identité spécifique a été confirmée par Henslow d’abord et ensuite par sir Joseph Hooker, dans son Flora antarctica[102].

Un échantillon de notre herbier recueilli par Claude Gay, attribué au Solanum tuberosum par Dunal, porte sur l’étiquette : « Au centre des cordillières de Talcagoué et de Gauquenès, dans les endroits que visitent seulement les botanistes et les géologues. » Le même auteur, Cl. Gay, dans son Flora chilena[103], insiste sur la fréquence de la Pomme de terre sauvage au Chili, jusque chez les Araucaniens, dans les montagnes de Malvarco, où, dit-il, les soldats de Pincheira allaient les chercher pour se nourrir. Ces témoignages constatent assez l’indigénat au Chili pour que j’en omette d’autres moins probants, par exemple ceux de Molina et de Meyen, dont les échantillons du Chili n’ont pas été examinés.

Le climat des côtes du Chili se prolonge sur les hauteurs en suivant la chaîne des Andes, et la culture de la Pomme de terre est ancienne dans les régions tempérées du Pérou, mais la qualité spontanée de l’espèce y est beaucoup moins démontrée qu’au Chili. Pavon[104] prétendait l’avoir trouvée sur la côte, à Chancay et près de Lima. Ces localités paraissent bien chaudes pour une espèce qui demande un climat tempéré ou même un peu froid. D’ailleurs l’échantillon de l’herbier de M. Boissier recueilli par Pavon, appartient, d’après Dunal, à une autre espèce qu’il a nommée[105] Solanum immite. J’ai vu l’échantillon authentique et n’ai aucun doute que ce ne soit une espèce distincte du S. tuberosum. Sir W. Hooker[106] cite un échantillon, de Mac Lean, des collines autour de Lima, sans aucune information sur la spontanéité. Les échantillons (plus ou moins sauvages ? ) que Matthews a envoyés du Pérou à sir W. Hooker appartiennent, d’après sir Joseph[107], à des variétés un peu différentes de la vraie Pomme de terre. M. Hemsley[108], qui les a vus récemment dans l’herbier de Kew, les juge « des formes distinctes, pas plus cependant que certaines variétés de l’espèce. »

Weddell, dont nous connaissons la prudence dans cette question, s’exprime ainsi[109] : « Je n’ai jamais rencontré au Pérou le

Solanum tuberosum dans des circonstances telles qu’il ne me restât aucun doute qu’il fût indigène ; je déclare même que je ne crois pas davantage à la spontanéité d’autres individus rencontrés de loin en loin sur les Andes extra-chiliennes et regardés jusqu’ici comme en étant indigènes. »

D’un autre côté, M. Ed. André[110] a recueilli, avec beaucoup de soin, dans deux localités élevées et sauvages de la Colombie et dans une autre près de Lima, sur la montagne des Amancaes, des échantillons qu’il pensait pouvoir attribuer au S. tuberosum. M. André a eu l’obligeance de me les prêter. Je les ai comparés attentivement avec les types des espèces de Dunal dans mon herbier et dans celui de M. Boissier. Aucun de ces Solanum, à mon avis, n’appartient au S. tuberosum, quoique celui de La Union, près du fleuve Cauca, s’en rapproche plus que les autres. Aucun, et ceci est encore plus certain, ne répond au S. immite, de Dunal. Ils sont plus près du S. Colombianum, du même auteur, que du tuberosum ou de l'immite. L’échantillon du mont Quindio présente un caractère bien singulier. Il a des baies ovoïdes et pointues[111].

Au Mexique, les Solanum tubéreux attribués au S. tuberosum, ou, selon M. Hemsley[112], à des formes voisines, ne paraissent pas pouvoir être considérés comme identiques avec la plante cultivée. Ils se rapportent au S. Fendleri, que M. Asa Gray ai considéré d’abord comme espèce propre et ensuite[113] comme une forme du S. tuberosum ou du S. verrucosum.

Nous pouvons conclure de la manière suivante :

1° La pomme de terre est spontanée au Chili, sous une forme qui se voit encore dans nos plantes cultivées.

2° Il est très douteux que l’habitation naturelle s’étende jusqu’au Pérou et à la Nouvelle-Grenade.

3° La culture était répandue, avant la découverte de l’Amérique, du Chili à Nouvelle-Grenade.

4° Elle s’était introduite, probablement dans la seconde moitié du XVIe siècle, dans la partie des États-Unis appelée aujourd’hui Virginie et Caroline du Nord.

5° Elle a été importée en Europe, de 1580 à 1585, d’abord par les Espagnols, et ensuite par les Anglais, lors des voyages de Raleigh en Virginie[114].

Batate ou Patate, Sweet Potatoe (en anglais) — Convolvolus Batatas, Linné. Batatas edulis, Choisy.

Les racines de cette plante, renflées en tubercules, ressemblent aux Pommes de terre, d’où il est résulté que les navigateurs du XVIe siècle ont appliqué le même nom à ces deux espèces très différentes. La Batate est de la famille des Convolvulacées, la Pomme de terre de celle de Solanées ; les parties charnues de la première sont des racines, celles de la seconde des rameaux souterrains[115].

La Batate est sucrée, en même temps que farineuse. On la cultive dans tous les pays intertropicaux ou voisins des tropiques, plus peut-être dans le nouveau monde que dans l’ancien[116].

Son origine est douteuse d’après un grand nombre d’auteurs. De Humboldt[117], Meyen[118], Boissier[119], indiquent une origine américaine; Bojer[120], Choisy[121], etc., une origine asiatique. La même diversité se remarque dans les ouvrages antérieurs. La question est d’autant plus difficile que les Convolvulacées sont au nombre des plantes les plus répandues dans le monde, soit depuis des époques très anciennes, soit par l’effet de transports modernes.

En faveur de l’origine américaine, il y a des motifs puissants. Les 15 espèces connues du genre Batatas se trouvent toutes en Amérique, savoir 11 dans ce continent seul et 4 à la fois en Amérique et dans l’ancien monde, avec possibilité ou probabilité de transports. La culture de la Batate commune est très répandue en Amérique. Elle remonte à une époque reculée. Marcgraff[122] la cite pour le Brésil, sous le nom de Jetica, Humboldt dit que le nom Camote vient d’un mot mexicain. Le mot de Batatas (d’où par transposition erronée on a fait Potatoe, pomme de terre) est donné pour américain. Sloane et Hughes[123] parlent de la Batate comme d’une plante très cultivée, ayant plusieurs variétés aux Antilles. Ils ne paraissent pas soupçonner une origine étrangère. Clusius, qui l’un des premiers a parlé de la Batate, dit en avoir mangé dans le midi de l’Espagne, où l’on prétendait l’avoir reçue du nouveau monde[124]. Il indique les noms de Batatas, Camotes, Amotes, Ajes[125] qui étaient étrangers aux langues de l’ancien monde. Son livre date de 1601. Humboldt[126] dit que, d’après Gomara, Christophe Colomb, lorsqu’il parut pour la première fois devant la reine Isabelle, lui offrit divers produits du nouveau monde, entre autres des Batates. Aussi, ajoute-t-il, la culture de cette plante était-elle déjà commune en Espagne dès le milieu du XVIe siècle. Oviedo[127], qui écrivait en 1526, avait vu la Batate très cultivée par les indigènes de Saint-Domingue, et l’avait introduite lui-même à Avila, en Espagne. Rumphius[128] dit positivement que, selon l’opinion commune, les Batatas ont été apportées par les Espagnols d’Amérique à Manille et aux Moluques, d’où les Portugais les ont répandues dans l’archipel indien. Il cite des noms vulgaires, qui ne sont pas malais et qui indiquent une introduction par les Castillans. Enfin, il est certain que la Batate était inconnue aux Grecs, aux Romains et aux Arabes ; qu’elle n’était pas cultivée en Égypte, et cela même il y a quatre-vingts ans[129], ce qui ne s’expliquerait guère si l’on suppose une origine de l’ancien monde.

D’un autre côté, il y a des arguments pour une origine asiatique. L’Encyclopédie chinoise d’agriculture parle de la Batate et mentionne diverses variétés[130] ; mais le Dr Bretschneider[131] a constaté que l’espèce est décrite pour la première fois dans un livre du IIe ou IIIe siècle de notre ère. D’après Thunberg[132] la Batate a été apportée au Japon par les Portugais. Enfin la plante cultivée à Taïti, dans les îles voisines et à la Nouvelle-Zélande, sous les noms Umara, Gumarra et Gumalla, décrite par Forster[133] sous le nom de Convolvolus chrysorhizus, est la Batate, d’après sir Joseph Hooker[134]. Seemann[135], fait observer que ces noms ressemblent au nom quichuen de la Batate, en Amérique, qui est, dit-il, Cumar. La culture de la Batate était répandue dans l’Inde au XVIIIe siècle[136]. On lui attribue plusieurs noms vulgaires, et même, selon Piddington[137], un nom sanscrit, Ruktaloo (prononcez Roktalou), qui n’a d’analogie avec aucun nom à moi connu et n’est pas dans le dictionnaire sanscrit de Wilson. D’après une note que m’avait donnée Adolphe Pictet, Ruktaloo semble un nom bengali composé du sanscrit Alu (Rutka, plus âlu, nom de l’Arum campanulatum). Ce nom, dans les dialectes modernes, désigne l’Igname et la Pomme de terre. Cependant Wallich[138] indique plusieurs autres noms que Piddington omet. Roxburgh[139] ne cite aucun nom sanscrit. Rheede[140] dit que la plante était cultivée au Malabar. Il cite des noms vulgaires indiens.

Les motifs sont beaucoup plus forts, ce me semble, en faveur de l’origine américaine. Si la Batate avait été connue dans l’Inde à l’époque de la langue sanscrite, elle se serait répandue dans l’ancien monde, car sa propagation est aisée et son utilité évidente. Il paraît, au contraire, que les îles de la Sonde, l’Égypte, etc., sont restées étrangères pendant longtemps à cette culture.

Peut-être un examen attentif ramènera-t-il à l’opinion de G. F. W. Meyer, qui distinguait[141] la plante asiatique des espèces américaines. Cependant on n’a pas suivi généralement cet auteur, et je soupçonne que, s’il y a une espèce asiatique différente, ce n’est pas, comme le croyait Meyer, la Batate décrite par Rumphius, que celui-ci dit apportée d’Amérique, mais la plante indienne de Roxburgh.

On cultive des Batates en Afrique ; mais, ou leur culture est rare, ou les espèces sont différentes. Robert Brown[142] dit que le voyageur Lockhardt n’avait pas vu la Batate, dont les missionnaires portugais mentionnaient la culture. Thonning[143] ne l’indique pas. Yogel a rapporté une espèce cultivée sur la côte occidentale, qui est certainement, d’après les auteurs du Flora Nigritiana, le Batatas paniculata Choisy. Ce serait donc une plante cultivée pour ornement ou comme espèce officinale, car la racine en est purgative[144]. On pourrait croire que, dans certains pays de l’ancien ou du nouveau monde, l’Ipomœa tuberosa L. aurait été confondu avec la Batate ; mais Sloane[145] nous avertit que ses énormes racines. ne sont pas bonnes à manger[146].

Une Convolvulacée à racine comestible qui peut bien être confondue avec la Batate, mais dont les caractères botaniques sont pourtant distincts, est l’Ipomœa mammosa, Choisy (Convolvulus mammosus, Loureiro Batata mammosa, Rumphius, Amb., 1. 9, tab. 131). Cette espèce croit spontanément près d’Amboine (Rumphius), où elle est aussi cultivée. Elle est estimée en Cochinchine.

Quant à la Batate (Batatas edulis), aucun botaniste, à ma connaissance, ne dit l’avoir trouvée lui-même sauvage, ni dans l’Inde, ni en Amérique[147]. Clusius[148] affirme, sur ouï-dire, qu’elle croit spontanée dans le nouveau monde et dans les îles voisines.

Malgré la probabilité d’une origine américaine, il reste, comme nous venons de le voir, bien des choses inconnues ou incertaines sur la patrie primitive et le transport de cette espèce, qui joue un rôle considérable dans les pays chauds. Quelle que fût son origine, du nouveau ou de l’ancien monde, comment expliquer qu’elle eût été transportée d’Amérique en Chine au commencement de notre ère et dans les îles de l’océan Pacifique à une époque ancienne, ou d’Asie et d’Australie en Amérique dans un temps assez reculé pour que la culture s’en soit répandue jadis des États-Unis méridionaux jusqu’au Brésil et au Chili ? Il faut supposer des communications préhistoriques entre l’Asie et l’Amérique, ou se livrer à un autre genre d’hypothèses, qui, dans le cas actuel, n’est pas inapplicable. Les Convolvulacées sont une des rares familles de Dicotylédones dans lesquelles certaines espèces ont une aire, ou extension géographique, très étendue et même divisée entre des continents éloignés[149]. Une espèce qui supporte actuellement le climat de la Virginie et du Japon peut avoir existé plus au nord avant l’époque de la grande extension des glaciers dans notre hémisphère, et les hommes préhistoriques l’auraient transportée vers le midi quand les conditions de climat ont changé. Dans ces hypothèses, la culture seule aurait conservé l’espèce, à moins qu’on ne finisse par la découvrir sauvage en quelque point de son ancienne habitation, peut-être, par exemple, au Mexique ou en Colombie.

Betterave, Bette, Poirée. — Beta vulgaris et B. maritima, Linné. — Beta vulgaris, Moquin

Elle est cultivée tantôt pour ses racines charnues (Betterave) et tantôt pour ses feuilles, employées comme légume (Bette, Poirée), mais les botanistes s’accordent généralement à ne pas distinguer deux espèces. On sait, par d’autres exemples, que des plantes à racines minces dans la nature prennent facilement des racines charnues par un effet du sol ou de la culture.

La forme appelée Bette, à racines maigres, est sauvage dans les terrains sablonneux, surtout du bord de la mer, aux îles Canaries, et dans toute la région de la mer Méditerranée, jusqu’à la mer Caspienne, la Perse et Babylone[150], peut-être même dans l’Inde occidentale, d’après un échantillon rapporté par Jaquemont, sans que la qualité spontanée en soit certifiée. La flore de l’Inde de Roxburgh, et celle, plus récente, du Punjab et du Sindh, par Aitchison, ne mentionnent la plante que comme cultivée.

Elle n’a pas de nom sanscrit[151], d’où l’on peut inférer que les Aryens ne l’avaient pas apportée de l’Asie tempérée occidentale, où elle existe. Les peuples de leur race émigrés en Europe antérieurement ne la cultivaient probablement pas non plus, car je ne vois pas de nom commun aux langues indo-européennes. Les anciens Grecs, qui faisaient usage des feuilles et des racines, appelaient l’espèce Teutlion[152], les Romains Beta. M. de Heldreich[153] donne aussi comme nom ancien grec Sevkle ou Sfekelie, qui ressemble au nom arabe Selg, chez les Nabathéens Silq[154]. Le nom arabe a passé en portugais, Selga, On ne connaît point de nom hébreu. Tout indique une culture ne datant pas de plus de quatre à six siècles avant l’ère chrétienne.

Les anciens connaissaient déjà les racines rouges et blanches, mais le nombre des variétés a beaucoup augmenté dans les temps modernes, surtout depuis qu’on a cultivé la Betterave en grand, pour la nourriture des bestiaux et la production du sucre. C’est une des plantes les plus faciles à améliorer par sélection, comme les expériences de Vilmorin l’ont prouvé[155].

Manioc. — Manihot utilissima, Pohl. — Jatropha Manihot, Linné.

Le Manioc est un arbuste ou arbrisseau de la famille des Euphorbiacées, dont plusieurs racines se renflent dès la première année, prennent une forme ellipsoïde irrégulière et renferment de la fécule (Tapioca), avec un suc plus ou moins vénéneux.

La culture en est commune dans les régions équatoriales ou tropicales, surtout en Amérique, du Brésil aux Antilles. En Afrique, elle est moins générale et parait moins ancienne. Dans certaines colonies asiatiques, elle est décidément d’introduction moderne. On la pratique au moyen de boutures des tiges.

Les botanistes se sont divisés sur la convenance de regarder les innombrables formes de Maniocs comme appartenant à une, à deux ou même plusieurs espèces différentes. Pohl[156] en admettait plusieurs à côté de son Manihot utilissima, et le Dr J. Müller[157], dans sa monographie des Euphorbiacées, rapporte à une espèce voisine (M. palmata) la forme Aipi, qui est cultivée au Brésil avec les autres et dont la racine n’est pas vénéneuse. Ce dernier caractère n’est pas aussi tranché qu’on le croirait d’après certains ouvrages et même d’après les indigènes. Le Dr Sagot[158] qui a comparé une douzaine de variétés de Manioc cultivées à Cayenne, dit expressément : « Il y a des Maniocs plus vénéneux les uns que les autres ; mais je doute qu’aucun soit absolument exempt de principes nuisibles. »

On peut se rendre compte de ces singulières différences de propriétés entre des plantes fort semblables par l’exemple de la Pomme de terre. Le Manihot et le Solanum tuberosum appartiennent tous deux à des familles suspectes (Euphorbiacées et Solanacées). Plusieurs de leurs espèces sont vénéneuses dans certains de leurs organes ; mais la fécule, où qu’elle se trouve, ne peut pas être nuisible, et il en est de même du tissu cellulaire lavé de tout dépôt, c’est-à-dire réduit à la cellulose. Or dans la préparation de la Cassave (farine de Manioc), on a grand soin de racler l’écorce extérieure de la racine, ensuite de piler ou écraser la partie charnue, de manière à en expulser le suc plus ou moins vénéneux, et finalement on soumet la pâte à une cuisson qui chasse des parties volatiles[159]. Le tapioca est de la fécule pure, sans mélange des tissus qui existent encore dans la cassave. Dans la pomme de terre, la pellicule extérieure prend des qualités nuisibles quand on la laisse verdir en l’exposant à la lumière, et il est bien connu que des tubercules mal mûrs ou viciés, contenant une trop faible proportion de fécule avec beaucoup de sucs, sont mauvais à manger et feraient positivement du mal aux personnes qui en consommeraient une certaine quantité. Toutes les Pommes de terre, comme probablement tous les Maniocs, renferment quelque chose de nuisible, dont on s’aperçoit jusque dans les produits de la distillation, et qui varie par plusieurs causes ; mais il ne faut se défier que des matières autres que la fécule.

Les doutes sur le nombre des espèces à admettre dans les Manihots cultivés ne nous embarrassent nullement pour la question de l’origine géographique. Au contraire, nous allons voir que c’est un moyen important de constater l’origine américaine.

L’abbé Raynal avait répandu jadis l’opinion erronée que le Manioc aurait été apporté d’Afrique en Amérique. Robert Brown le niait en 1818[160] sans donner des motifs à l’appui, et de Humboltd[161] Moreau de Jonnes[162], Auguste de Saint-Hilaire[163] ont insisté sur l’origine américaine. On ne peut guère en douter, d’après les raisons suivantes :

1° Les Manihots étaient cultivés par les indigènes du Brésil, de la Guyane et des parties chaudes du Mexique avant l’arrivée des Européens, comme le témoignent tous les anciens voyageurs. Aux Antilles, cette culture était assez commune dans le XVIe siècle, d’après Acosta[164], pour qu’on puisse la croire également d’une certaine ancienneté.

2° Elle est moins répandue en Afrique, surtout dans les régions éloignées de la côte occidentale. On sait que le Manioc a été introduit dans l’île de Bourbon par le gouverneur de Labourdonnais[165]. Dans les contrées asiatiques, où probablement une culture aussi facile se serait propagée si elle avait été ancienne sur le continent africain, on la mentionne çà et là, comme un objet de curiosité d’origine étrangère[166].

3° Les indigènes d’Amérique avaient plusieurs noms anciens pour les variétés de Maniocs, surtout au Brésil[167], ce qui ne paraît pas avoir existé en Afrique, même sur la côte de Guinée[168].

4° Les variétés cultivées au Brésil, à la Guyane et aux Antilles sont très nombreuses, par où l’on peut présumer une culture très ancienne. Il n’en est pas de même en Afrique.

5° Les 42 espèces connues du genre Manihot, en dehors de M. utilissima, sont toutes spontanées en Amérique ; la plupart au Brésil, quelques-unes à la Guyanne, au Pérou et au Mexique ; pas une dans l’ancien monde[169]. Il est très invraisemblable qu’une seule espèce, et encore celle qu’on cultive, fut originaire à la fois de l’ancien et du nouveau monde, d’autant plus que dans la famille des Euphorbiacées les habitations des espèces ligneuses sont généralement restreintes et qu’une communauté entre l’Afrique et l’Amérique est toujours rare dans les plantes Phanérogames.

L’origine américaine du Manihot étant ainsi démontrée, on peut se demander comment l’espèce a été introduite en Guinée et au Congo. Probablement c’est un résultat des communications fréquentes, au XVIe siècle, des trafiquants portugais et des négriers.

Le Manihot utilissima, et l’espèce voisine ou variété appelée Aïpi, que l’on cultive également, n’ont pas été trouvés à l’état sauvage d’une manière certaine. Humboldt et Bonpland ont bien recueilli sur les bords de la Magdalena, un pied de Manihot utilissima qu’ils ont dit presque spontané[170], mais le Dr Sagot me certifie qu’on ne l’a point découvert à la Guyane, et les botanistes qui ont exploré la région chaude du Brésil n’ont pas été plus heureux. Cela ressort des expressions de Pohl, qui a beaucoup étudié ces plantes, qui connaissait les récoltes de Martius et ne doutait pas de l’origine américaine. S’il avait remarqué une forme spontanée identique avec celles qu’on cultive, il n’aurait pas émis l’hypothèse que le Manioc provient de son Manihot pusilla[171] de la province de Goyaz, dont la stature est minime et qu’on regarde comme une véritable espèce ou comme une variété du Manihot palmata[172]. De Martius déclarait en 1867, c’est-à-dire après avoir reçu de nombreuses informations postérieures à son voyage, qu’on ne connaissait pas la plante à l’état sauvage[173]. Un ancien voyageur, ordinairement exact, Piso[174], parle d’un Mandihoca sauvage dont les Tapuyeris, indigènes de la côte au nord de Rio-de-Janeiro, mangeaient les racines. Il est, dit-il, « très semblable à la plante cultivée » ; mais la figure qu’il en donne a paru bien mauvaise aux auteurs qui ont étudié les Manihots. Pohl la rapporte à son M. Aïpi, et le Dr Müller la passe sous silence. Quant à moi, je suis disposé à croire ce que dit Piso, et sa planche ne me paraît pas absolument mauvaise. Elle vaut mieux que celle de Vellozo d’un Manihot sauvage qu’on rapporte avec doute au M. Aïpi[175]. Si l’on ne veut pas accepter cette origine du Brésil oriental intertropical, il faut recourir à deux hypothèses : ou les Manihots cultivés proviennent de l’une des espèces sauvages modifiée par la culture ; ou ce sont des formes qui subsistent seulement par l’action de l’homme, après la disparition de leurs semblables de la végétation spontanée actuelle.

Ail. — Allium sativum, Linné.

Linné, dans son Species, indique la Sicile comme la patrie de l’ail commun ; mais dans l’Hortus cliffortianus, où il est ordinairement plus exact, il ne donne pas d’origine. Le fait est que d’après les flores les plus récentes et les plus complètes de Sicile, de toute l’Italie, de la Grèce, de France, d’Espagne, et d’Algérie, l’ail n’est pas considéré comme indigène, quoique çà et là on en ait recueilli des échantillons qui avaient plus ou moins l’apparence de l’être. Une plante aussi habituellement cultivée et qui se propage si aisément peut se répandre hors des jardins et durer quelque temps, sans être d’origine spontanée. Je ne sais sur quelle autorité Kunth cite l’espèce en Égypte[176]. D’après des auteurs plus exacts sur les plantes de ce pays[177], elle y est seulement cultivée. M. Boissier, dont l’herbier est si riche en plantes d’Orient, n’en possède aucun échantillon spontané. Le seul pays où l’ail ait été trouvé à l’état sauvage, d’une manière bien certaine, est le désert des Kirghis de Soongarie, d’après des bulbes rapportées de là et cultivées à Dorpat[178] et des échantillons vus ensuite par Regel[179]. Ce dernier auteur dit aussi avoir vu un échantillon que Wallich avait recueilli comme spontané dans l’Inde anglaise ; mais M. Baker[180], qui avait sous les yeux les riches herbiers de Kew, n’en parle pas dans sa revue des Allium des Indes, de Chine et du Japon.

Voyons si les documents historiques et linguistiques confirment une origine uniquement du sud-ouest de la Sibérie.

L’Ail est cultivé depuis longtemps en Chine sous le nom de Suan, On l’écrit en chinois par un signe unique, ce qui est ordinairement l’indice d’une espèce très anciennement connue et même spontanée[181]. Les flores du Japon[182] n’en parlent pas, d’où je présume que l’espèce n’était pas sauvage dans la Sibérie orientale et la Daourie, mais que les Mongols l’auraient apportée en Chine.

D’après Hérodote (Hist., 1. 2, c. 125), les anciens Égyptiens en faisaient grand usage. Les archéologues n’en ont pas trouvé la preuve dans les monuments, mais cela tient peut-être à ce que la plante était réputée impure par les prêtres[183].

Il existe un nom sanscrit, Mahoushouda[184], devenu Loshoun en bengali, et dont le nom hébreu Schoum, Schumin[185], qui a produit le Thoum ou Toum des Arabes, ne parait pas éloigné. Le nom basque, Baratchoùria, a été rapproché des noms aryens par M. de Charencey[186]. A l’appui de son hypothèse, je dirai que le nom berbère, Tiskert, est tout différent, et que par conséquent les Ibères paraissent avoir reçu la plante et son nom des Aryens plutôt que de leurs ancêtres probables du nord de l’Afrique. Les Lettons disent Kiplohks, les Esthoniens Krunslauk, d’où probablement le Knoblauch des Allemands. L’ancien nom grec paraît avoir été Scorodon, en grec moderne Scordon. Les noms chez les Slaves d’Illyrie sont Bili, Cesan. Les Bretons disent Quinen[187]. Les Gallois Craf, Cenhinen ou Garlleg, d’où le Garlic des Anglais. L’Allium des Latins a passé dans les langues d’origine latine[188]. Cette grande diversité de noms fait présumer une ancienne connaissance de la plante et même une ancienne culture dans l’Asie occidentale et en Europe. D’un autre côté, si l’espèce n’avait existé que dans le pays des Kirghis, où on la trouve maintenant, les Aryas auraient pu la cultiver et l’avoir transportée dans l’Inde et en Europe ; mais alors pourquoi tant de noms celtiques, slaves, grecs, latins, différents du sanscrit ? Pour expliquer cette diversité, il faudrait supposer une extension de la patrie primitive vers l’ouest de l’habitation connue aujourd’hui, extension qui aurait été antérieure aux migrations des Aryas.

Si le genre Allium était une fois, dans sa totalité, l’objet d’un travail aussi sérieux que celui de J. Gay sur quelques-unes de ses espèces[189], on trouverait peut-être que certaines formes spontanées en Europe, comprises par les auteurs dans les A. arenarium L., ou A. arenarium Sm., ou A. Scorodoprasum L., ne sont que des variétés de l’A. sativum. Alors tout concorderait : les peuples les plus anciens d’Europe et de l’Asie occidentale auraient cultivé l’espèce telle qu’ils la trouvaient depuis la Tartarie jusqu’en Espagne, en lui donnant des noms plus ou moins différents.

Oignon. — Allium Cepa, Linné.

Je dirai d’abord ce qu’on savait en 1855[190]. J’ajouterai ensuite des observations botaniques récentes qui confirment ce qu’on pouvait présumer d’après les données linguistiques.

L’Oignon est une des espèces le plus anciennement cultivées. Son habitation primitive est inconnue, d’après Kunth[191]. Voyons s’il est possible de la découvrir. Les Grecs modernes appellent Krommudi l’Allium Cepa, qu’ils cultivent beaucoup[192]. C’est une bonne raison pour croire que le Krommuon de Théophraste[193], est la même espèce, comme les auteurs du XVIe siècle le pensaient déjà[194]. Pline[195] traduisait ce mot par Cœpa. Les anciens en connaissaient plusieurs variétés, qu’ils distinguaient par des noms de pays : Cyprium, Cretense, Samothraciæ, etc. On en cultivait une en Égypte[196], si excellente qu’elle recevait des hommages, comme une divinité, au grand amusement des Romains[197]. Les Égyptiens modernes désignent l’A. Cepa sous le nom de Basal[198] ou Bussul[199], d’où il est probable que le Betsalim ou Bezalim des Hébreux est bien la même espèce, comme le disent les commentateurs[200]. Il y a des noms sanscrits tout à fait différents : Palandu, Latarka, Sukandaka[201], et une foule de noms indiens modernes. L’espèce est généralement cultivée dans l’Inde, en Cochinchine, en Chine[202], et même au Japon[203]. Les anciens Egyptiens en faisaient une grande consommation. Les dessins de leurs monuments montrent souvent cette espèce[204]. Ainsi la culture remonte dans l’Asie méridionale et dans la région orientale de la mer Méditerranée à une époque partout très reculée. En outre, les noms chinois, sanscrits, hébreux, grecs et latins n’ont pas de connexité apparente. De ce dernier fait, on peut déduire l’hypothèse que la culture aurait été imaginée après la séparation des peuples indo-européens, l’espèce se trouvant à portée dans divers pays à la fois. Ce n’est pourtant pas l’état actuel des choses, car on trouve à peine des indices vagues de la qualité spontanée de l’A. Cepa, Je n’en ait point découvert dans les flores européennes ou du Caucase ; mais Hasselquist[205] a dit : « Il croît dans les plaines près de la mer, aux environs de Jéricho. » Le docteur Wallich a mentionné dans sa Liste de plantes indiennes, n° 5072, des échantillons qu’il a vus dans des localités du Bengale, sans dire qu’ils fussent cultivés. Cette indication, quoique peu suffisante, l’ancienneté des noms sanscrits et hébreux et les communications qu’on sait avoir existé entre les peuples de l’Inde et les Égyptiens me font présumer que l’habitation était vaste dans l’Asie occidentale, s’étendant peut-être de la Palestine à l’Inde. Des espèces voisines, prises quelquefois pour le Cepa, existent en Sibérie[206].

On connaît mieux maintenant les échantillons recueillis par les botanistes anglo-indiens dont Wallich avait donné une première notion. Stokes a découvert l’Allium Cepa indigène dans le Belouchistan. Il dit : « Sauvage sur le Chehil Tun. » Griffith l’a rapporté de l’Afghanistan et Thomson de Lahore, sans parler d’autres collecteurs qui ne se sont pas expliqués sur la nature spontanée ou cultivée[207]. M. Boissier possède un échantillon spontané recueilli dans les régions montueuses du Khorassan. Les ombelles sont plus petites que dans la plante cultivée, mais d’ailleurs il n’y a pas de différence. Le Dr Regel fils l’a trouvé au sud de Kuldscha, Sibérie occidentale[208]. Ainsi mes conjectures d’autrefois sont tout à fait justifiées ; et il n’est pas improbable que l’habitation s’étende jusqu’en Palestine, comme le disait Hasselquist.

L’Oignon est désigné en Chine par un caractère unique (orthographié Tsung), ce qui peut faire présumer une ancienne existence à titre de plante indigène[209]. Je doute cependant beaucoup que l’habitation s’étende aussi loin vers l’est.

Humboldt[210] dit que les Américains connaissaient de tout temps les oignons, en mexicain Xonacatl. « Cortès, dit-il en parlant des comestibles qui se vendaient sur le marché de l’ancien Tenochtitlan, cite des oignons, des poireaux et de l’ail. » Je ne puis croire cependant que ces divers noms s’appliquent à nos espèces cultivées en Europe. Sloane, dans le XVIIe siècle, n’avait vu qu’un seul Allium cultivé à la Jamaïque (A. Cepa), et c’était dans un jardin, avec d’autres légumes d’Europe[211]. Le mot Xonacatl n’est pas dans Hermandez, et J. Acosta[212] dit expressément que les Oignons et les Aulx du Pérou sont originaires d’Europe. Les espèces du genre Allium sont rares en Amérique.

Ciboule commune. — Allium fistulosum, Linné.

Pendant longtemps, cette espèce a été mentionnée dans les flores et les ouvrages d’horticulture comme étant d’une origine inconnue ; mais les botanistes russes l’ont trouvée sauvage en Sibérie, vers les monts Altaï, du pays des Kirghis au lac Baïcal[213].

Les anciens ne la connaissaient pas[214]. Elle doit être arrivée en Europe par la Russie, dans le moyen âge ou peu après. Un auteur du XVIe siècle, Dodoens[215], en a donné une figure, peu reconnaissable, sous le nom de Cepa oblonga.

Échalote. — Allium Ascalonicum, Linné.

On croyait, sur le dire de Pline[216], que le nom était tiré de la ville d’Ascalon, en Judée ; mais M. le Dr E. Fournier[217] pense que l’auteur latin s’est trompé sur le sens du mot Askalônion de Théophraste. Quoi qu’il en soit, ce nom s’est conservé dans nos langues modernes sous la forme d’Échalote en français, Chalote en espagnol, Scalogno en italien, Aschaluch ou Eschlauch en allemand, etc.

En 1855, j’avais parlé de cette espèce de la manière suivante[218] : « D’après Roxburgh[219], on cultive beaucoup l’Allium Ascalonicum dans l’Inde. On lui attribue le nom sanscrit de Pulandoo (prononcez Poulandou), mot presque identique avec Palandu, attribué à l’Allium Cepa[220]. Évidemment la distinction entre ces deux espèces n’est pas claire dans les ouvrages indiens ou anglo-indiens.

« Loureiro dit avoir vu l’Allium Ascalonicum cultivé en Cochinchine[221], mais il ne cite pas la Chine, et Thunberg n’indique pas cette espèce au Japon. Ainsi, vers la région orientale de l’Asie, la culture n’est pas générale. Ce fait et le doute sur le nom sanscrit me font croire qu’elle n’est pas ancienne dans l’Asie méridionale. Malgré le nom de l’espèce, je ne suis pas persuadé qu’elle existât non plus dans l’Asie occidentale. Rauwolf, Forskal et Delile ne l’indiquent pas en Sibérie, en Arabie et en Égypte. Linné[222] cite Hasselquist comme ayant trouvé l’espèce en Palestine. Malheureusement il ne donne pas de détails sur la localité ni sur la condition de spontanéité. Dans les Voyages de Hasselquist[223], je vois un Cepa montana croissant au mont Thabor et sur une montagne voisine ; mais rien ne prouve que ce soit l’espèce. Dans son article sur les Oignons et Aulx des Hébreux (p. 290), il ne mentionne que l’Allium Cepa, puis les Porrum et sativum. Sibthorp ne l’a pas trouvé en Grèce[224], et Fraas ne l’indique pas comme cultivé actuellement dans ce pays[225]. D’après Koch[226], il s’est naturalisé dans les vignes près de Fiume. Toutefois M. de Visiani[227] n’en parle que comme cultivé en Dalmatie.

« D’après l’ensemble des faits, je suis amené à l’idée que l’ |Allium Ascalonicum n’est pas une espèce. Il suffit, pour concevoir des doutes sur son existence primitive, de voir que : 1° Théophraste et les anciens, en général, en ont parlé comme d’un état de l’Allium Cepa, ayant même importance que les variétés cultivées en Grèce, en Thrace et ailleurs ; 2° on ne peut pas prouver qu’il existe à l’état sauvage ; 3° on le cultive peu ou point dans les pays où l’on présume qu’il a pris naissance, comme la Syrie, l’Égypte, la Grèce ; 4° il est ordinairement sans fleurs, d’où venait le nom de Cepa sterilis, donné par G. Bauhin, et la multiplicité des caïeux se lie tout naturellement à ce fait ; 5° lorsqu’il fleurit, les organes de la fleur sont semblables à ceux du Cepa, ou du moins on n’a pas découvert de différence jusqu’à présent, et, d’après Koch[228], la seule différence est d’avoir la hampe et les feuilles moins renflées, quoique fistuleuses. »

Telle était mon opinion[229]. Les faits publiés depuis 1855 ne détruisent pas mes doutes. Ils les justifient au contraire. M. Regel, en 1875, dans sa monographie des Allium, déclare qu’il a vu l’échalote seulement à l’état cultivé. Aucher Eloy a distribué une plante de l’Asie Mineure sous le nom d’A. Ascalonicum (n° 2012), mais d’après mon échantillon ce n’est certainement pas cette espèce. M. Boissier me donne l’information qu’il n’a jamais vu l’A. Ascalonicum en Orient et n’en a pas dans son herbier. La plante de Morée portant ce nom dans la flore de Bory et Ghaubard est une espèce toute différente, nommée par lui A. gomphrenoides. M. Baker[230] dans sa revue des Allium des Indes, de la Chine et du Japon, cite l’A. Ascalonicum dans des localités du Bengale et du Punjab, d’après des échantillons de Griffith et d’Aitchison ; mais il ajoute : « probablement ce sont des plantes cultivées. » Il rapporte à l’Ascalonicum l’Allium Sulvia Ham., du Népaul, plante peu connue et dont la qualité de spontanée est incertaine. L’échalote produit beaucoup de caïeux qui peuvent se propager ou se conserver dans le voisinage des cultures et induire en erreur sur l’origine.

En définitive, malgré le progrès des investigations botaniques en Orient et dans l’Inde, cette forme d’Allium n’a pas été trouvée sauvage d’une manière certaine. Elle me paraît donc plus que jamais une modification du Cepa, survenue à peu près au commencement de l’ère chrétienne, modification moins considérable que beaucoup de celles qu’on a constatées pour d’autres plantes cultivées, par exemple dans les choux.

Rocambole. — Allium Scorodoprasum, Linné.

Si l’on jette les yeux sur les descriptions et la synonymie de l’A. Scorodoprasum dans les ouvrages de botanique depuis Linné jusqu’à nos jours, on verra que le seul point sur lequel s’accordent les auteurs est le nom vulgaire de Rocambole, Quant aux caractères distinctifs, tantôt ils rapprochent et tantôt ils éloignent la plante de l’Allium sativum. Avec des définitions aussi différentes, il est très difficile de savoir dans quel pays se trouve, à l’état sauvage, la plante bien connue cultivée sous le nom de Rocambole. D’après MM. Cosson et Germain, elle croît aux environs de Paris[231]. D’après Grenier et Godron[232], la même forme croît dans l’est de la France. M. Burnat dit avoir trouvé l’espèce bien spontanée dans les Alpes-Maritimes. Il en a donné des échantillons à M. Boissier. MM. Willkomm et Lange ne la regardent pas comme spontanée en Espagne[233], quoique l’un des noms français de la plante cultivée soit Ail ou Échalote d’Espagne. Beaucoup d’autres localités européennes me paraissent douteuses, vu l’incertitude sur les caractères spécifiques. Je note cependant que, d’après Ledebour[234], la plante qu’il nomme A. Scorodoprasum est très commune en Russie, depuis la Finlande jusqu’en Crimée. M. Boissier en a reçu un échantillon de la Dobrutscha, communiqué par le botaniste Sintenis. L’habitation naturelle de l’espèce viendrait donc toucher à celle de l’Allium sativum, ou bien une étude attentive de toutes les formes prouvera qu’une seule espèce, comprenant plusieurs variétés, s’étend sur une grande partie de l’Europe et de ses confins en Asie.

La culture de la Rocambole ne parait pas très ancienne. Il n’en est pas question dans les ouvrages sur la Grèce et Rome, ni dans l’énumération des plantes recommandées par Charlemagne aux intendants de ses jardins[235]. Olivier de Serres n’en parle pas non plus. On ne peut citer qu’un petit nombre de noms vulgaires, originaux, chez des peuples anciens. Les plus distincts sont dans le nord : Skovlôg en Danemark, Keipe et Rackenboll en Suède[236]. Rockenbolle, d’où vient le nom français, est allemand. Il n’a pas le sens qui lui est attribué par Littré. Son étymologie est Bolle, oignon, croissant parmi les rochers, Rocken[237].

Ciboulette, Civette. — Allium Schœnoprasum, Linné.

L’habitation de cette espèce est très étendue dans l’hémisphère boréal. On l’indique dans toute l’Europe, de la Corse ou la Grèce jusqu’à la Suède méridionale ; en Sibérie jusqu’au Kamtschatka, et aussi dans l’Amérique septentrionale, mais seulement près des lacs Huron, Supérieur et plus au nord[238], circonstance assez singulière, comparée à l’habitation européenne. La forme qui se trouve dans les Alpes est la plus rapprochée de celle qu’on cultive[239].

Les anciens devaient certainement connaître l’espèce, puisqu’elle est sauvage en Italie et en Grèce. Targioni croit que c’est le Scorodon Schiston de Théophraste, mais il s’agit de mots sans descriptions, et les auteurs spéciaux dans l’interprétation des textes grecs, comme Fraas et Lenz, ont la prudence de ne rien affirmer. Si les noms anciens sont douteux, le fait de la culture à cette époque l'est encore plus. Il est possible qu’on eût l’habitude de récolter la plante dans la campagne.

Colocase. — Arum esculentum, Linné. — Colocasia antiquorum, Schott[240].

On cultive cette espèce, dans les localités humides de la plupart des pays intertropicaux, à cause du renflement de la partie inférieure de la tige, qui forme un rhizome comestible, analogue à la partie souterraine des Iris. Les pétioles et les jeunes feuilles sont utilisés accessoirement comme légume.

Depuis que les différentes formes de l’espèce ont été bien classées et qu’on possède des documents pus certains sur les flores du midi de l’Asie, on ne peut plus douter que cette plante ne soit spontanée dans l’Inde, comme le disait jadis Roxburgh[241], et plus récemment Wight[242], et autres ; à Ceylan[243], à Sumatra[244] et dans plusieurs îles de l’archipel indien[245].

Les livres chinois n’en font aucune mention avant un ouvrage de l’an 100 de notre ère[246]. Les premiers navigateurs européens l’ont vue cultivée au Japon et jusqu’au nord de la Nouvelle-Zélande[247], par suite probablement d’introductions anciennes sans coexistence certaine avec des pieds sauvages. Lorsqu’on jette des fragments de la tige ou du tubercule ils se naturalisent aisément au bord des cours d’eau. C’est peut-être ce qui est arrivé aux îles Fidji et au Japon, d’après les localités indiquées par les auteurs[248]. On cultive la Colocase çà et là aux Antilles et ailleurs dans l’Amérique tropicale, mais beaucoup moins qu’en Asie ou en Afrique, et sans la moindre indication d’une origine américaine.

Dans les pays où l’espèce est spontanée, il y a des noms vulgaires, quelquefois très anciens, qui diffèrent complètement les uns des autres, ce qui confirme une origine locale. Ainsi le nom sanscrit est Kuchoo (prononcez Koutschou), qui subsiste dans les langues modernes de l’Inde, par exemple dans le bengali[249]. A Ceylan, la plante sauvage se nomme Gahala, la plante cultivée Kandalla[250]. Les noms malais sont Kelady[251], Tallus, Tallas, Tales ou Taloes[252], duquel vient peut-être le nom si connu des 0-taïtiens et Novo-Zélandais de Tallo ou Tarro[253], aux îles Fidji Dalo[254]. Les Japonais ont un nom tout à fait distinct, Imo[255], qui montre une existence très ancienne, soit originelle soit de culture.

Les botanistes européens ont connu la Colocase d’abord par l’Égypte, où elle est cultivée depuis un temps qui n’est peut-être pas très reculé. Les monuments des anciens Égyptiens n’en ont fourni aucun indice, mais Pline[256] en a parlé sous le nom d’Arum Ægyptium. Prosper Alpin l’avait vue dans le XVIe siècle et en parle longuement[257]. Il dit que le nom dans le pays est Culcas, qu’il faut prononcer Coulcas, et que Delile[258] a écrit Qolkas et Koulkas, On aperçoit dans ce nom arabe des Égyptiens quelque analogie avec le sanscrit Koutschou, ce qui appuie l’hypothèse, assez probable, d’une introduction de l’Inde ou de Ceylan. De L’Ecluse[259] avait vu la plante cultivée en Portugal, comme venant d’Afrique, sous le nom Alcoleaz, évidemment d’origine arabe. Dans quelques localités du midi de l’Italie où l’espèce a été naturalisée, elle se nomme Aro di Egitto, selon Parlatore[260].

Le nom Colocasia donné par les Grecs à une plante dont la racine était employée par les Égyptiens peut venir évidemment de Colcas, mais par transposition à une autre plante que le vrai Colcas. En effet, Dioscoride l’applique à la Fève d’Égypte ou Nelumbium[261], qui a une grosse racine ou plutôt un rhizome, dans le sens botanique, assez filandreux et mauvais à manger. Les deux plantes sont très différentes, surtout par la fleur. L’une est une Aracée, l’autre une Nymphéacée ; l’une est de la classe des Monocotylédones, l’autre des Dicotylédones. Le Nelumbium, originaire de l’Inde, a cessé de vivre en Égypte, tandis que la Colocase des botanistes modernes s’est conservée. S’il y a eu confusion chez les auteurs grecs, comme cela paraît probable, il faut l’expliquer par le fait que le Colcas fleurit rarement, du moins en Égypte. Au point de vue de la nomenclature botanique il importe peu qu’on se soit trompé jadis sur les plantes qui devaient s’appeler Colocase. Heureusement, les noms scientifiques modernes ne s’appuient pas sur les définitions douteuses des anciens, et il suffit de dire aujourd’hui, si l’on tient aux étymologies, que Colocasia vient de Colcas, à la suite d’une erreur.

Alocase à grande racine. — Alocasia macrorrhiza Schott. — Arum macrorrhizum, Linné (Fl. Zeyl., 327).

Cette Aracée, que Schott rapportait tantôt au genre Colocasia et tantôt à l’Alocasia, et dont la synonymie est bien plus compliquée qu’il ne semble d’après les noms indiqués ci-dessus[262], est cultivée moins souvent que la Colocase ordinaire, mais de la même façon et à peu près dans les mêmes pays. Ses rhizomes atteignent la longueur d’un bras. Ils ont une saveur acre bien prononcée, qu’il est indispensable de faire disparaître au moyen de la cuisson.

Les indigènes d’0-Taïti la nomment Apé et ceux des îles des Amis Kappe[263]. A Ceylan, le nom vulgaire est Habara, d’après Thwaites[264]. Elle a d’autres noms dans l’archipel indien, ce qui fait présumer une existence plus ancienne que les peuples actuels de ces régions.

La plante paraît sauvage surtout dans l’île d’0-Taïti[265]. Elle l’est aussi à Ceylan, d’après M. Thwaites, qui a herborisé longtemps dans cette île. On l’indique encore dans l’Inde[266] et même en Australie[267], mais sans affirmer la qualité de plante sauvage, toujours difficile à établir pour une espèce cultivée au bord des ruisseaux et qui se propage par caïeux. En outre, elle est quelquefois confondue avec le Colocasia indica Kunth, qui végète de la même manière, qu’on trouve çà et là dans les cultures, et qui se voit, spontanée ou naturalisée, dans les fossés ou les ruisseaux de l’Asie méridionale, sans que son histoire soit encore bien connue.

Konjak. — Amorphophallus Konjak, C. Koch. — Amorphophallus Rivieri, du Rieu, var. Konjak, Engler[268].

Le Konjak, cultivé en grand par les Japonais, et sur lequel le Dr Vidal a donné des détails agricoles très complets dans le Bulletin de la Société d’acclimatation de juillet 1877, est une plante bulbeuse de la famille des Aracées. Elle est considérée par M. Engler comme une variété de l’Amorphophallus Rivieri, de Cochinchine, dont les journaux d’horticulture ont donné plusieurs figures depuis quelques années[269]. On peut la cultiver dans le midi de l’Europe, à la manière des Dahlias, comme une sorte de curiosité ; mais, pour apprécier la valeur comestible des bulbes, il faudrait leur faire subir la préparation au lait de chaux, usitée par les Japonais, et s’assurer du produit en fécule pour une surface donnée.

M. Vidal n’a pas de preuve que la plante du Japon soit sauvage dans le pays. Il le suppose d’après le sens du nom vulgaire, qui est, dit-il, Konniyakou ou Yamagonniyakou, Yama signifiant montagne. MM. Franchet et Savatier[270] n’ont vu la plante que dans les jardins. La forme cochinchinoise, qu’on croit de la même espèce, est venue par les jardins, sans qu’on puisse affirmer qu’elle soit sauvage dans le pays.

Ignames. — Dioscorea sativa, D. Batatas, D. japonica et D. alata.

Les Ignames, plantes monocotylédones, de la famille des Dioscorées, constituent le genre Dioscorea, dont les botanistes ont décrit à peu près deux cents espèces, répandues dans tous les pays intertropicaux ou subtropicaux. Elles ont ordinairement des rhizomes, c’est-à-dire des tiges ou ramifications de tiges souterraines, plus ou moins charnues, qui grossissent quand la partie aérienne et annuelle de la plante est près de finir[271]. Plusieurs espèces sont cultivées en divers pays pour ces rhizomes farineux, qu’on mange cuits, comme les pommes de terre.

La distinction botanique des espèces a toujours offert des difficultés, parce que les fleurs mâles et femelles sont sur des individus différents et que les caractères à tirer des rhizomes et du bas des tiges aériennes ne se voient pas dans les herbiers. Le dernier travail d’ensemble est celui de Kunth[272], qui date de 1850. Il devrait être revu, à cause des nombreux échantillons rapportés par les voyageurs depuis quelques années. Heureusement, lorsqu’il s’agit de l’origine des espèces cultivées, certaines considérations historiques et linguistiques peuvent guider, sans qu’il soit absolument besoin de connaître et d’apprécier les caractères botaniques de chacune.

Roxburgh énumère plusieurs Dioscoreas[273] cultivés dans l’Inde, mais il n’en a trouvé aucun à l’état sauvage, et ni lui ni Piddington[274] ne citent des noms sanscrits. Ce dernier point fait présumer une culture peu ancienne, ou jadis peu répandue dans l’Inde, provenant soit d’espèces indigènes encore mal définies, soit d’espèces étrangères cultivées ailleurs. Le nom générique bengali et hindou est Aloo (prononcez Alou), précédé d’un nom spécial pour chaque variété ou espèce, par exemple Kam Aloo, pour Dioscorea alata. L’absence de noms distincts dans chaque province fait encore présumer une culture peu ancienne. A Ceylan M. Thwaites[275] indique six espèces spontanées, et il ajoute que les Dioscorea sativa L., D. alata L., et D. purpurea Roxb, sont cultivés dans les jardins, mais non sauvages.

L’Igname de Chine, Dioscorea Batatas de Decaisne[276], cultivé en grand par les Chinois, sous le nom de Sain-In et introduit par M. de Montigny dans les jardins d’Europe, où il reste comme un légume de luxe, n’a pas été trouvé sauvage en Chine jusqu’à présent. D’autres espèces moins connues sont aussi cultivées par les Chinois, en particulier le Chou-Yu, Tou-Tchou, Chan-Yu, mentionné dans leurs anciens ouvrages d’agriculture et qui a des rhizomes sphériques (au lieu des fuseaux pyriformes du D. Batatas). Les noms signifient, d’après Stanislas Julien, Arum de montagne, par où l’on peut inférer une plante véritablement du pays. Le Dr Bretschneider[277] indique trois Dioscoreas comme cultivés en Chine (Dioscorea Batatas, alata, sativa), et il ajoute : « Le Dioscorea est indigène en Chine, car il est mentionné dans le plus ancien ouvrage de matière médicale, celui de l’empereur Schen-nung. »

Le Dioscorea Japonica, Thunberg, cultivé au Japon, a été récolté aussi dans les taillis de localités diverses, sans qu’on sache positivement, disent MM. Franchet et Savatier[278], jusqu’à quel point il est indigène ou répandu par un effet de la culture. Une autre espèce, plus souvent cultivée au Japon, se propage çà et là dans la campagne, d’après les mêmes auteurs. Ils la rapportent au Dioscorea sativa de Linné, mais on sait que l’illustre Suédois avait confondu plusieurs espèces asiatiques et américaines sous ce nom, qu’il faut ou abandonner, ou restreindre à l’une des espèces de l’Archipel indien. Si l’on adopte ce dernier parti, le vrai D. sativa serait la plante cultivée à Ceylan, dont Linné avait eu connaissance, et que Thwaites nomme effectivement Dioscorea sativa, Linné. Divers auteurs admettent l’identité de la plante de Ceylan avec d’autres cultivées au Malabar, à Sumatra, à Java, aux Philippines, etc. Blume[279] prétend que le D. sativa L., auquel il attribue la planche 51 de Rheede (Malabar, vol. 8), croît dans les lieux humides des montagnes de Java et du Malabar. Il faudrait, pour ajouter foi à ces assertions, que la question de l’espèce eût été étudiée soigneusement, d’après des échantillons authentiques.

L’Igname la plus généralement cultivée dans les îles de la mer Pacifique, sous le nom de Ubi (prononcez Oubi) y est le Dioscorea alata de Linné. Les auteurs des XVIIe et XVIIIe siècle en parlent comme étant très répandue à Taïti, à la Nouvelle-Guinée, aux Moluques, etc.[280]. On en distingue plusieurs variétés, suivant la forme des rhizomes. Personne ne prétend avoir trouvé cette espèce à l’état sauvage, mais la flore des îles d’où elle est probablement originaire, en particulier celle des Célèbes, de la Nouvelle-Guinée, etc., est encore peu connue.

Transportons-nous en Amérique. Là aussi, plusieurs espèces de ce genre croissent spontanément, par exemple au Brésil, dans la Guyane, etc., mais il semble que les formes cultivées ont été plutôt introduites. En effet, les auteurs indiquent peu de variétés ou espèces cultivées (Plumier une, Sloane deux), et peu de noms vulgaires. Le plus répandu est Yam, Igname ou Inhame, qui est d’origine africaine, suivant Hugues, ainsi que la plante cultivée de son temps aux Barbades[281].

Le mot Yam, d’après lui, signifie manger, dans les idiomes de plusieurs des nègres de la côte de Guinée. Il est vrai que deux voyageurs plus rapprochés de la découverte de l’Amérique, cités par M. de Humboldt[282], auraient entendu prononcer le nom d’Igname sur le continent américain : Vespucci, en 1497, sur la côte de Paria ; Cabrai, en 1500, au Brésil. D’après celui-ci, le nom s’appliquait à une racine dont on faisait du pain, ce qui conviendrait mieux au Manioc et me fait craindre une erreur, d’autant plus qu’un passage de Vespucci, cité ailleurs par M. de Humboldt[283], montre la confusion qu’il faisait entre la Manioc et l’Igname. Le D. Cliffortiana Lam. croît sauvage au Pérou[284] et au Brésil[285], mais il ne m’est pas prouvé qu’on le cultive. Presl dit « verosimiliter colitur », et le Flora brasiliensis ne parle pas de culture.

Dans la Guyane française, d’après le Dr Sagot[286], on cultive surtout le Discorea triloba Lam, appelé Igname indien, qui est répandu aussi au Brésil et aux Antilles. Le nom vulgaire fait présumer une origine du pays, tandis qu’une autre espèce, D. Cayennensis Kunth, aussi cultivée à la Guyane, mais sous le nom d’Igname pays-nègre, aurait été plutôt apportée d’Afrique, opinion d’autant plus vraisemblable que sir W. Hooker assimile au D. Cayennensis l’Igname cultivée en Afrique au bord du Nun et du Quorra[287]. Enfin l’Igname franche de la Guyane est, selon M. Sagot, le D. alata, introduit de l’archipel malais et de l’Océanie.

En Afrique, il y a moins de Dioscoreas indigènes qu’en Asie ou en Amérique, et la culture des Ignames est moins répandue. Sur la côte occidentale, on ne cultive qu’une ou deux espèces d’après Thonning[288]. Lockhard, au Congo, n’en avait vu qu’une et dans un seul endroit[289]. Pour l’île Maurice, Bojer[290] énumère 4 espèces cultivées, qu’il dit originaires d’Asie, et une, le D. bulbifera Lam., qui serait de l’Inde, si le nom est exact. Il prétend qu’elle est venue de Madagascar et s’est répandue dans les forêts, hors des plantations. A Maurice, elle porte le nom de Cambare marron. Or Cambare se rapproche assez du nom indien Kam, et marron indique une plante échappée des cultures. Les anciens Égyptiens ne cultivaient pas d’Ignames, ce qui fait présumer une culture moins ancienne dans l’Inde que celle de la Colocase. Forskal et Delile ne mentionnent pas d’Ignames cultivées en Égypte à l’époque moderne.

En résumé, plusieurs Dioscoreas sauvages en Asie (surtout dans l’archipel asiatique) et d’autres, moins nombreux, croissant en Amérique et en Afrique, ont été introduits dans les cultures comme plantes alimentaires, à des époques probablement moins reculées que beaucoup d’autres espèces. Cette dernière conjecture repose sur l’absence de nom sanscrit, sur la faible extension géographique des cultures et la date, qui ne paraît pas très ancienne, des habitants des îles de la mer Pacifique.

Arrow-root. — Maranta arundinacea, Linné.

Plante de la famille des Scitaminées, voisine du genre Canna, dont les drageons souterrains[291] produisent l’excellente fécule appelée arrow-root. On la cultive aux Antilles et dans plusieurs autres pays intertropicaux de l’Amérique continentale. Elle a été introduite aussi dans l’ancien monde, par exemple sur la côte de Guinée[292].

Le Maranta arundinacea est certainement américain. D’après les indications de Sloane[293], il avait été apporté de la Dominique aux Barbades et de là à la Jamaïque, ce qui fait présumer qu’il n’est pas originaire des Antilles. Le dernier auteur qui ait étudié le genre Maranta, Körnicke[294], a vu plusieurs échantillons recueillis à la Guadeloupe, à Saint-Thomas, au Mexique, dans l’Amérique centrale, à la Guyane et au Brésil ; mais il ne s’est pas occupé de savoir s’ils venaient de plantes spontanées, cultivées ou naturalisées. Les collecteurs ne l’indiquent presque jamais, et l’on manque pour le continent américain, excepté pour les États-Unis, de flores locales et surtout de flores faites par des botanistes ayant résidé dans le pays. D’après les ouvrages publiés, je vois l’espèce indiquée comme cultivée[295], ou venant dans les plantations[296], ou sans aucune explication. Une localité du Brésil, dans la province peu habitée de Matto grosso, citée par Körnicke, fait présumer l’absence de culture. Seemann[297] indique l’espèce dans les endroits exposés au soleil près de Panama.

On cultive aussi aux Antilles une espèce, Maranta indica, que Tussac dit avoir été apportée de l’Inde orientale. Körnicke lui rapporte le M. ramosissima de Wallich, trouvé à Sillet, dans l’Inde, et pense que c’est une variété du M. arundinacea. Sur trente-six espèces plus ou moins connues du genre Maranta, une trentaine au moins sont d’Amérique. Il est donc assez improbable que deux ou trois autres soient asiatiques. Jusqu’à ce que la Flore de l’Inde anglaise de sir J. Hooker soit achevée, ces questions sur les espèces de scitaminées et leurs origines seront très obscures.

Les Anglo-Indiens tirent de l’arrow-root d’une autre plante de la même famille qui croît dans les forêts du Deccan et au Malabar, le Curcuma angustifolia Roxhurgh[298]. Je ne sais si on la cultive.



  1. Un certain nombre d’espèces, dont l’origine est bien connue, comme la carotte, l’oseille, etc., sont mentionnées seulement dans le résumé au commencement de la dernière partie, avec une indication des faits principaux qui les concernent.
  2. Quelques espèces sont cultivées tantôt pour leurs racines et tantôt pour leurs feuilles ou leurs graines. Dans d’autres chapitres se trouvent des espèces cultivées pour leurs feuilles (fourrages) ou pour leurs graines, etc. J’ai classé en raison de l’usage le plus habituel. Au surplus, l’index alphabétique renvoie à la place adoptée pour chaque espèce.
  3. Voir l’état jeune de la plante lorsque la partie de la tige au-dessous des cotylédons n’est pas encore renflée. Turpin en a donné une figure dans les Annales des sciences naturelles, série 1, vol. 21, pl. 5.
  4. Dans A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, p. 826.
  5. Linné, Spec. plant., p. 935.
  6. Ledebour, Fl. ross., I, p. 225.
  7. Boissier, Fl orient., I, p. 400.
  8. Buhse, Aufzählung Transcaucasien, p. 30.
  9. Hooker, Fl. brit. India, I, p. 66.
  10. Maximowicz, Primitiæ floræ Amurensis, p. 47.
  11. Thunberg, Fl. jap., p. 263.
  12. Franchet et Savatier, Enum. plant. Jap. I, p. 39.
  13. Unger, Pflanzen des alten Ægyptens, p. 31, fig. 24 et 29.
  14. D’après mon Dictionnaire manuscrit des noms vulgaires, tiré des flores qui existaient il y a trente ans.
  15. Roxburgh, Fl., ind., III, p. 126.
  16. Webb, Phytogr. Canar., p. 83 ; Iter hisp., p. 71 ; Bentham, Fl. Hongkong, p. 17 ; Hooker, Fl. brit. Ind., I, p. 166.
  17. Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp., III, p. 748 ; Viviani Fl. dalmat., 411, p. 104 ; Boissier, Fl. orient.,, I, p. 401.
  18. Webb, Phytographia canariensis, I, p. 83.
  19. Webb, Iter hispaniense, 1838, p. 72.
  20. Carrière, Origine des plantes domestiques démontrée par la culture du Radis sauvage. In-8, 24 pages. 1869.
  21. Ledebour, Fl. ross. ; Boissier, Fl. orient. ; les ouvrages sur la flore de la région du fleuve Amur.
  22. A. de Candolle, Géographie botanique raisonnée, p. 634.
  23. Delalande, Hœdic et Houat, brochure in-8, Nantes, 1850, p. 109.
  24. Hardouin, Renou et Leclerc, Catal. du Calvados, p. 85 ; de Brebissou,. Fl. de Normandie, p. 25.
  25. Watson, Cybele, I, p. 159.
  26. Babington, Manual of Brit. bot., 2e éd., p. 28.
  27. Ledebour, Fl. ross., I, p. 159.
  28. Grisebach, Spicilegium Fl. rumel., I, p. 265.
  29. Fries, Summa, p. 30.
  30. Miquel, Disquisito pl. regn. Bat.
  31. Moritzi, Dict. inéd. des noms vulgaires.
  32. Moritzi, ibid. ; Visiani, Fl. dalm., III, p. 322.
  33. Neilreich, Fl. Wien, p. 502.
  34. Linné, Fl. suecica, n° 540.
  35. H. Davies, Welsh Botanology, p. 63.
  36. Dans les raves et navets, la partie renflée est, comme dans le radis, le bas de la tige (au-dessous des cotylédons) avec une portion plus ou moins persistante de la racine (Voir Turpin, Ann. sc. nat., sér. 1, vol. 21) ; dans le choux-rave (Brassica oleracea caulo-Rapa), c’est la tige.
  37. Cette classification a été le sujet d’un mémoire d’Augustin Pyramus de Candolle, couronné par la Société d’horticulture de Londres, qui se trouve dans les Transactions de cette Société, vol. V, dans les Annales de l’agric. franc., vol. 19 et, en abrégé, dans le Systema regni veget., vol. 2, p. 582.
  38. Fries, Summa veget. Scand., I, p. 29.
  39. Ledebour, Fl. ross., I, p. 216.
  40. Boissier, Flora orientalis ; Sir J. Hooker, Flora of british India ; Thunberg, Flora japonica ; Franchet et Savatier, Enumeratio plant. japonicarum.
  41. Piddington, Index.
  42. Kæmpfer, Amœn., p. 822.
  43. Davies, Welsh botanology, p. 65.
  44. Moritzi, Dict. ms. tiré des flores publiées.
  45. Threlkeld, Synopsis stirpium hibernicarum, 1 vol. in-8, 1727.
  46. Moritzi, Dict. ms.
  47. Rosenmüller, Biblische Naturgeschichte, vol. I, n’en indique aucun.
  48. Linné, Species, p. 361 ; Loureiro, Fl. cochinch., p. 225.
  49. Maximowicz, Diagnoses plantarum Japoniæ et Mandshuriæ, dans Mélanges biologiques du Bulletin à l’Acad. St-Pétersbourg, décad. 13, p. 18.
  50. Dioscorides, Mat. med., 1. 2, c. 139 ; Columella, 1. 11, c. 3, 18, 35 ; Lenz, Bot. der Alten, p. 560.
  51. Pline, Hist. plant., 1. 19, c. 5.
  52. Nemnich, Polygl. Lexicon, II, p. 1313.
  53. Lenz, l. c. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands ; Langkavel, Botanik der späteren Griechen.
  54. Sprengel, Dioscoridis, etc., II, p. 462.
  55. Olivier de Serres, Théâtre de l’agriculture, p. 471.
  56. Bauhin, Hist. plant., III, p. 154.
  57. Les meilleures informations sur la culture ont été données par Bancroft à sir William Hooker et se trouvent dans le Botanical Magazine, pl. 3092. A.-P. de Candolle a publié, dans la 5e Notice sur les plantes rares du Jardin bot. de Genève, une figure qui montre la bulbe principale.
  58. Grisebach, Flora of british W. India islands.
  59. Bertoloni, Flora italica, II, p. 146 ; Decaisne, Recherches sur la Garance, p. 58 ; Boissier, Flora orientalis, III, p. 17 ; Ledebour, Flora rossica, II, p. 405.
  60. Cosson et Germain, Flore des environs de Paris, II, p. 365.
  61. Kirschleger, Flore d’Àlsace, I, p. 359.
  62. Willkomm et Lange, Prodromus floræ hispanicæ, II, p. 307.
  63. Bail, Spicilegium Floræ maroccanæ, p. 483 ; Munby, Catal. plant. Alger., éd. 2, p. 17.
  64. Piddington, Index.
  65. Plinius, lib. 19, cap. 3.
  66. De Gasparin, Traité d’agriculture, IV, p. 253.
  67. Columna, Ecphrasis, II, p. 11.
  68. Linné, Hortus cliffortianus, p. 420.
  69. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, p. 824.
  70. Schlechtendal, Bot. Zeit., 1858, p. 113.
  71. Decaisne, Recherches sur l’origine de quelques-unes de nos plantes alimentaires, dans la Flore des serres et jardins, vol. 23, 1881.
  72. Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France, éd. 3, 1618, t. VI, p. 931.
  73. Pickering, Chronol. arrang., p. 749, 972.
  74. Catalogue of Indiana plants, 1881, p. 15.
  75. Olivier de Serres, Théâtre de l’agriculture, p. 470.
  76. Boissier, Flora orient., III, p. 745 ; Visiani, Fl. dalmat., II, p. 108 ; Bertoloni, Fl. ital., VIII, p. 348 ; Gussone, Synopsis fl. siculæ, II, p. 384 ; Munby, Catal. Alger., éd. 2, p. 22.
  77. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, p. 671.
  78. Fraas, Synopsis fl. class., p. 196 ; Lenz, Botanik der Alten, p. 485.
  79. Willkomm et Lange, Prodromus floræ hispanicæ, II, p. 223 ; de Candolle, Flore française, IV, p. 59 ; Koch, Synopsis fl. germ., éd. 2 p, 488 ; Ledebour, Flora rossica, II, p. 794 ; Boissier, Fl. orient., III, p. 767 ; Bertoloni, Flora italica, VIII, p. 365.
  80. Tournefort, Éléments de botanique, p. 379.
  81. Gussone, Synopsis floræ siculæ.
  82. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, p. 810 à 816.
  83. Acosta, p. 163, verso.
  84. De L’Écluse (soit Clusius), Rariorum plantarum historia, 1601, pars 2, p. 79, avec figure.
  85. De Martius, Flora brasil., vol. 10, p. 12.
  86. De Humboldt, Nouvelle-Espagne, éd. 2, vol. 2, p. 451 ; Essai sur la géographie des plantes, p. 29.
  87. À cette époque, on ne distinguait pas la Virginie de la Caroline.
  88. Banks. Transactions of the horticult. Society, 1805, vol. 1, p. 8.
  89. Gérard, Herbal, 1597, p. 781, avec figure.
  90. Banks, l. c.
  91. Dunal, Histoire naturelle des Solanum, in-4.
  92. La plante apportée par sir Francis Drake et sir John Hawkins était clairement la Batate, dit sir J. Banks ; d’où il résulte que les questions discutées par de Humboldt sur les localités visitées par ces voyageurs ne s’appliquent pas à la Pomme de terre.
  93. De L’Ecluse, l. c.
  94. Targioni-Tozzetti, Lezzioni, II, p. 10 ; Cenni storici sulla introduzione di varie piante nell’agricoltura di Toscana, 1 vol. in-8, Florence, 1853, p. 37.
  95. Le Solanum verrucosum, dont j’ai raconté, en 1855, l’introduction dans le pays de Gex, près de Genève, a été abandonné, parce que ses tubercules sont trop petits et qu’il ne résistait pas à l’oïdium, comme on s’en était flatté.
  96. Chloris Andina, in-4, p. 103.
  97. Sabine, Transactions of the horticultural Society, vol. 5, p. 249.
  98. Il ne faut pas attacher de l’importance à cette saveur, ni à la qualité aqueuse de certains tubercules, attendu que dans les pays chauds, même dans le midi de l’Europe, la Pomme de terre est souvent médiocre. Une exposition à la lumière verdit les tubercules, qui sont des rameaux souterrains de la tige, et les rend amers.
  99. Journal of the hortic. Society, vol. 3, p. 66.
  100. Hooker, Botanical miscell., 1831, vol. 2, p. 203.
  101. Jourmal of the voyage, etc., éd. 1852, p. 285.
  102. Vol. 1, part. 2, p. 329.
  103. Vol. 5, p. 74.
  104. Ruiz et Pavon, Flora peruviana, II, p. 38.
  105. Dunal, Prodromus, 13, sect. 1, p. 32.
  106. Hooker, Bot. miscell., II.
  107. Hooker, Flora antarctica, l. c.
  108. Journal of the royal hortic. Society, new series, vol. 5.
  109. Weddell, Chloris Andina, l. c.
  110. André, dans Illustration horticole, 1877, p. 144.
  111. La forme des baies n’est pas encore connue dans les S. Colombianum et immite.
  112. Hemsley, l. c.
  113. Asa Gray, Synoptical flora of N. Am., II, p. 227.
  114. Sur l’introduction successive dans différentes parties de l’Europe, voir : Clos, Quelques documents sur l’histoire de la pomme de terre, in-8, 1874, dans Journal d’agric. pratiq. du midi de la France.
  115. Turpin a publié de bonnes figures qui montrent clairement ces faits. Voy. Mémoires du Muséum, in-4, vol. 19, pl. 1, 2 et 3.
  116. Le Dr Sagot a donné des détails intéressants sur le mode de culture, le produit, etc., dans le Journal de la Société d’hortic. de France, vol. 5, 2e série, p. 450-458.
  117. Humboldt, Nouv.-Espagne, éd. 2, vol. 2, p. 470.
  118. Meyen, Grundrisse Pflanz. geogr., p. 373.
  119. Boissier, Voyage botanique en Espagne.
  120. Bojer, Hort. maurit., p. 225.
  121. Choisy, dans Prodromus, 9, p. 338.
  122. Marcgraff, Bres., p. 16, avec fig.
  123. Sloane, Hist. Jam., I, p. 150; Hughes, Barb. p. 228.
  124. Clusius, hist., II, p. 77.
  125. Ajes était un nom de l’igname (Humb., Nouv-Esp., 2e édit., vol. 2, p. 467, 468).
  126. Humboldt, Nouv.-Esp., 1. c.
  127. Oviedo, trad. de Ramusio, vol. III, part. III.
  128. Rumphius, Amboin., V, p. 368.
  129. Forskal, p. 54 ; Delile, III.
  130. D’Hervey Saint-Denys, Rech. sur l’agric. des Chin., 1850, p. 109.
  131. Study and value of chinese bot. works, p. 13.
  132. Thunberg, Flora japon., p. 84.
  133. Forster, Plantæ escul., p. 56.
  134. Hooker, Handb. New Zealand. fiora, p. 194.
  135. Seemann, Journal of bot., 1866, p. 328.
  136. Roxburgh, édit. Wall., II, p. 69.
  137. Piddington, Index.
  138. Wallich, Flora Ind., l. c.
  139. Roxburgh, éd. 1832, vol. 1, p. 483.
  140. Rheede, Mal., 7, p. 95.
  141. Meyer, Primitiæ Fl. Esseq., p. 103.
  142. R. Brown, Bot. Congo, p. 55.
  143. Thonning, Pl. Guin.
  144. Wallich, dans Roxburgh, Fl. Ind., II, p. 63.
  145. Sloane, Jam., I, p. 152.
  146. Plusieurs Convolvulacées ont des racines (plus exactement des souches) volumineuses, mais alors c’est la base de la tige avec une partie de la racine qui est épaissie, et cette souche radicale est toujours purgative (Jalaps, Turbith, etc.), tandis que dans la Batate ce sont les racines latérales, organe différent, qui s’épaississent.
  147. Le n° 701 de Schomburgk, coll. 1, est spontané dans la Guyane. Selon M. Choisy, c’est une variété du Batatas edulis ; selon M. Bentham (Hook, Journ. bot., V, p. 352 c’est le Batatas paniculata. Mon échantillon, assez imparfait, me semble différer des deux.
  148. Clusius, Hist., 2, p. 77.
  149. A. de Candolle, Géog. bot, raisonnée, p. 1041-1043 et p. 516, 518.
  150. Moguin-Tandon, dans Prodromus, vol. 13, part. 2, p. 55 ; Boissier, Flora orientalis, 4, p. 898 ; Ledebour, Fl. rossica, 3, p. 692.
  151. Roxburgh, Flora indica, 2, p. 59 ; Piddington, Index.
  152. Théophraste et Dioscoride cités par Lenz, Botanik der Griechen und Rômer, p. 446 ; Fraas, Synopsis fl. class., p. 233.
  153. Heldreich, Die Nutzpflanzen Griechenlands, p. 22.
  154. Alawwàm, Agriculture nabathéenne (premiers siècles de l’ère chrét. ? ), d’aprés E. Meyer, Geschichte der Botanik, 3, p. 73.
  155. Notices sur l’amélioration des plantes par le semis, p. 13.
  156. Pohl, Plantarum Brasiliæ icones et descriptiones, in-folio, vol. 1.
  157. J. Müller, dans Prodromus, XV, sect. 2, p. 1062, 1064.
  158. Sagot. dans Bull. de la Société botanique de France du 8 décembre 1871.
  159. J’indique la préparation dans ce qu’elle a d’essentiel. Les détails diffèrent suivant les pays. Voir à cet égard : Aublet, Guyane, 2, p. 67 ; Descourtilz, Flore des Antilles, 3, p. 113 ; Sagot, l. c, etc.
  160. R. Brown, Botany of Congo, p. 50.
  161. De Humholtd Nouvelle-Espagne, éd. 2, vol., 2, p. 398.
  162. Histoire de l’Acad. des sciences, 1824.
  163. Guillemin, Archives de botanique, 4, p. 239.
  164. Acosta, Hist. nat. des Indes, trad. franç. 1598, p. 163.
  165. Thomas, Statistique de Bourbon, 2, p. 18.
  166. Le catalogue du jardin botanique de Buitenzorg, 1866, p. 222, dit expressément que le Manihot utilissima vient de Bourbon et d’Amérique.
  167. Aypi, Mandioca, Manihot, Manioch, Yuca, etc., dans Pohl, Icones et descr., 1, p. 30, 33. Martius, Beiträge z. Ethnographie, etc., Brasilien’s, 2, p. 122, indique une quantité de noms.
  168. Thonning (dans Schumacher, Plant. guin.), qui cite volontiers les noms vulgaires, n’en donne aucun pour le Manihot.
  169. J. Müller, dans Prodromus, 15, sect. 1, p. 1057.
  170. Kunth, dans Humb. et B., Nova Genera, 2, p. 108.
  171. Pohl, Icones et descript., 1, p. 36, pl. 26.
  172. Müller, dans le Prodromus.
  173. De Martius, Beiträge zur Ethnographie, etc., 1, p. 19, 136.
  174. Piso, Historia naturalis Brasiliæ, in-folio, 1658, p. 55, cum icone.
  175. Jatropia sylvestris Vell. Fl. flum., 16, t. 83. Voir Müller, dans Prodromus, 15 p. 1063.
  176. Kunth, Enum., 4, p. 381.
  177. Schweinfurth et Ascherson, Aufzählung, p. 294.
  178. Ledebour, Flora altaica, 2, p. 4 ; Flora rossica, 4, p. 162.
  179. Regel, Allior. monogr., p. 44.
  180. Baker, dans Journ. of. bot., 1874, p. 295.
  181. Bretschneider, Study and value, etc., p. 13, 47 et 7.
  182. Thunberg, Fl. jap. ; Franchet et Savatier, Enumeratio, 1876, vol. 2.
  183. Unger, Pflanzen des Alten Ægypten’s, p. 42.
  184. Piddington, Index, sous l’orthographe anglaise Mahooshouda.
  185. Hiller, Hierophyton ; Rosenmüller, Bibl. Altertum, vol. 4.
  186. De Charencey, Actes de la Société philologique, 1er mars 1869.
  187. Davies, Welsh botanology.
  188. Tous ces noms vulgaires se trouvent dans mon dictionnaire compilé par Moritzi, d’après les flores. J’aurais pu en citer un plus grand nombre et mentionner des étymologies probables d’après les philologues, par exemple d’après l’ouvrage de Hehn, Kulturpflanzen aus Asien, p. 171 et suivantes ; mais ce n’est pas nécessaire pour indiquer le fait d’origines géographiques multiples et de la culture ancienne en divers pays.
  189. Annales des sc. nat., 3e série, vol. 8.
  190. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, 2, p. 828.
  191. Kunth, Enum., 4, p. 394.
  192. Fraas, Syn. fl. class., p. 291.
  193. Théophraste, Hist., 1. 7, c. 4.
  194. J. Bauhin, Hist., 2, p. 548.
  195. Pline, Hist., 1. 19, c. 6.
  196. Pline, l. c.
  197. Juvenalis, Sat., 15.
  198. Forskal, p. 65.
  199. Ainslies, Mat. med. Ind., 1, p. 269.
  200. Hiller, Hieroph., 2, p. 36 ; Rosenmüller, Handb. bibl, Alterk., 4, p. 96.
  201. Piddington, Index ; Ainslies, l. c.
  202. Roxburgh, Fl. ind., 2 ; Loureiro, Fl. cochinch., p. 249.
  203. Thunberg, Fl. jap., p. 132.
  204. Unger, Pflanzen d. Alt. Ægypt., p. 42, fig. 22, 23, 24.
  205. Hasselquist, Voy. and trav., p. 279.
  206. Ledebour, Fl. ross., 4, p. 169.
  207. Aitchison, A catalogue of the plants of Punjab and Sindh, in-8, 1869, p. 19 ; Baker, dans Journal of bot., 1874, p. 295.
  208. Ill. hortic., 1877, p. 167.
  209. Bretschneider, Study and value, etc., p. 47 et 7.
  210. De Humboldt, Nouv.-Esp., 2e édit., 2, p. 476.
  211. Sloane, Jam., 1, p. 75.
  212. Acosta, Hist. nat. des Indes, trad. franc, p. 165.
  213. Ledebour, Flora rossica, 4, p. 169.
  214. Lenz, Botanik der alt Griechen und Rœmer, p. 295.
  215. Dodoens, Pemptades, p. 687.
  216. Pline, Hist., 1. 19, c. 6.
  217. Il doit en parler dans une publication intitulée Cibaria, qui va paraître.
  218. Géographie bot. raisonnée, p. 829.
  219. Roxburgh, Fl ind., éd. 1832, vol. 2. p. 142.
  220. Piddington, Index.
  221. Loureiro, Fl. cochinch., p. 251.
  222. Linné, Species, p. 429.
  223. Hasselquist, Voy. and trav., 1766, p. 281, 282.
  224. Sibthorp, Prodr.
  225. Fraas, Syn. fl. class., p. 291.
  226. Koch, Synops. fl. Germ., 2 « éd., p. 833.
  227. Visiani, Flora dalmat., p. 138.
  228. Koch, Synops. fl. Germ.
  229. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, p. 829.
  230. Baker, dans Journ. of bot., 1874, p. 295.
  231. Cosson et Germain, Flore, 2, p. 553.
  232. Grenier et Godron, Flore de France, 3, p. 197.
  233. Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp., 1, p. 885.
  234. Ledebour, Flora rossica, 4, p. 163.
  235. Le Grand d’Aussy, Histoire de la vie des Français, vol. 1, p. 122.
  236. Nemnich, Polyglott. Lexicon, p. 187.
  237. Nemnich, l. c.
  238. Asa Gray, Botany of northem States, éd. 5, p. 534.
  239. De Candolle, Flore française, 4, p. 227.
  240. Arum Ægyptium, Columna, Ecphrasis 2, p. 1, tab. 1 ; Rumphius, Amboin., vol. 5, tab. 109. — Arum Colocasia et A. esculentum, Linné. — Colocasia antiquorum, Scbott, Melet., 1, 18 ; Engler in D. C. Monogr. Phaner., 2, p. 491.
  241. Roxburgh, Fl. ind., 3, p. 495.
  242. Wight, Icones, t. 786.
  243. Thwaites, Enum. plant. Zeylan., p. 335.
  244. Miquel, Sumatra, p. 258.
  245. Rumpbius, Amboin., vol. 5, p. 318.
  246. Bretschneider, On the study and value of chinese botanical works, p. 12.
  247. Forster, Plantæ escul., p. 58.
  248. Franchet et Savatier, Enum., p. 8 ; Seemann. Flora Vitiensis, p. 284.
  249. Roxburgh, l. c.
  250. Thwaites, l. c.
  251. Rumphius, l. c.
  252. Miquel, Sumatra, p. 258 ; Hasskarl, Catal. horti. bogor. alter, p. 35.
  253. Forster, l. c.
  254. Seemann, l. c.
  255. Franchet et Savatier, l. c.
  256. Pline, Hist., 1. 19, c. 5.
  257. Alpinus, Hist. Ægypt. naturalis, éd. 2, vol. 1, p. 166 ; 2, p. 192.
  258. Delile, Flora Egygt. ill, p. 28. De la Colocase des anciens, br. in-8, 1846.
  259. Clusius, Historia, 2, p. 75.
  260. Parlatore, Fl. ital., 2, p. 255.
  261. Prosper Alpinus, l. c. ; Columna ; Delile, Ann. du Mus., 1 p. 375, De la colocase des anciens ; Reynier, Économie des Égyptiens, p. 321.
  262. Voir Engler, dans nos Monographiæ Phanerogarum, 2, p. 502.
  263. Forster, De plantis esculentis insularum Oceani australis, p. 58.
  264. Thwaites, Enum. plant. Zeyl., 336.
  265. Nadeaud, Enum. des plantes indigènes, p. 40.
  266. Engler, l. c.
  267. Bentham, Flora austral., 8, p. 155.
  268. Engler, dans DC. Monogr. Phaner., vol. 2, p. 313.
  269. Gardener’s Chronicle, 1873, p. 610 ; Flore des serres et jardins, t. 1958, 1959 ; Hooker, Bot. mag., t. 6195.
  270. Franchet et Savatier, Enum. plant. Japoniæ, 2, p. 7.
  271. M. Sagot, Bull. de la Soc. bot. de France, 1871, p. 306, a très bien décrit la manière de végéter et la culture des ignames, telle qu’il les a observées à Cayenne.
  272. Kunth, Enumeratio, vol. 5.
  273. Ce sont les D. globosa, alata, rubella, purpurea, fasciculata, dont deux ou trois paraissent de simples variétés.
  274. Piddington, Index.
  275. Thwaites, Enum. plant. Zeylan, p. 326.
  276. Decaisne, Histoire et culture de l’Igname de Chine, dans Revue horticole, 1er juillet et déc. 1853 ; Flore des serres et jardins X, pl. 971.
  277. Bretschneider, Study and value of chinese botanical works, p. 12.
  278. Franchet et Savatier, Enum. plant, Japoniæ, 2, p. 47.
  279. Blume, Enum. plant. Javæ, p. 22.
  280. Forster, Plant. esculent., p. 56 ; Rumphius, Amboin., vol. 5, pl. 120, 121 etc.
  281. Hughes, Hist. nat. Barb., p. 226 et 1750.
  282. De Humboldt, Nouv. Esp., 2e éd., vol. 2, p. 468.
  283. De Humboldt, ibid., p. 403.
  284. Hænke, dans Presl. Rel., p. 133.
  285. Martius, Flora brasiliensis, V, p. 43.
  286. Sagot, Bull. Soc. bot. France, 1871, p. 305.
  287. Hooker, Flora nigrit., p. 53.
  288. Thonning, Plantæ guineenses, p. 447.
  289. Brown, Congo, p. 49.
  290. Bojer, Hortus mauritianus.
  291. Voir la description de Tussac, Flore des Antilles, 1, p. 183.
  292. Hooker, Niger flora, p. 331.
  293. Sloane, Jamaïca, 1707, vol. 1, p. 254.
  294. Dans Bull. Soc. des natur. de Moscou, 1862, vol. 1, p. 34.
  295. Aublet, Guyane, 1, p. 3.
  296. Meyer, Flora Essequebo., p. 11.
  297. Seemann, Botany of Herald, p. 213.
  298. Roxburgh, Fl. indica, 1, p. 31 ; Porter, The tropical agriculturist, p. 241 ; Ainslies, Materia medica, 1, p. 19.