Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, I.djvu/323

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gistrat en tressaillit. Charles Crochard vous a dit la vérité. Je suis content que tu sois venu ce soir, mon bon Eugène, ajouta le vieillard. Voici une somme d’argent assez forte, dit-il en lui présentant une masse de billets de banque, tu en feras l’usage que tu jugeras convenable dans cette affaire. Je me fie à toi, et j’approuve d’avance toutes tes dispositions, soit pour le présent, soit pour l’avenir. Eugène, mon cher enfant, viens m’embrasser, nous nous voyons peut-être pour la dernière fois. Demain je demande un congé, je pars pour l’Italie. Si un père ne doit pas compte de sa vie à ses enfants, il doit leur léguer l’expérience que lui a vendue le sort, n’est-ce pas une partie de leur héritage ? Quand tu te marieras, reprit le comte en laissant échapper un frissonnement involontaire, n’accomplis pas légèrement cet acte, le plus important de tous ceux auxquels nous oblige la Société. Souviens-toi d’étudier long-temps le caractère de la femme avec laquelle tu dois t’associer ; mais consulte-moi, je veux la juger moi-même. Le défaut d’union entre deux époux, par quelque cause qu’il soit produit, amène d’effroyables malheurs : nous sommes, tôt ou tard, punis de n’avoir pas obéi aux lois sociales. Je t’écrirai de Florence à ce sujet : un père, surtout quand il est magistrat, ne doit pas rougir devant son fils. Adieu.

Paris, février―mars 1830.