Page:Œuvres de Blaise Pascal, IV.djvu/40

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XXII INTRODUCTION

premiers mois de 1669. La maladie tient désormais Pascal ; pendant plus de trois ans il se traîne. Il accentue encore l’austérité et l’humilité de sa vie, le sacrifice de l’intérêt propre, de l’intérêt même que l’on attache au succès de la cause que l’on croit juste. Tout lui est occasion de manifester le zèle de sa charité : ménager à sa nièce la grâce de l’entrée en religion, donner à un futur duc et pair le sentiment exact de sa condition, arracher à la tentation du péché la jolie pauvresse rencontrée devant le porche de Saint-Sulpice, faire participer d’autres malades aux soins dont il est entouré lui-même. Il découvre par delà les infortunes particulières les misères qui dévastent telle région de la France ; il songe à utiliser pour le soulagement des paysans du Blésois la mise en œuvre de ses inventions, à laquelle le duc de Rouannez participe de la façon la plus active; leur succès fut sans doute une de ses dernières joies. Surtout, à chaque moment de rémission, il tournait ses forces vers l’accomplissement de l’œuvre à laquelle il se croyait appelé, vers cette Apologie où il eût rendu évidentes aux âmes les valeurs véritables de l’humanité en ramenant à leur unité les actes du drame : Création, Péché, Rédemption.

Dans cette vie physiquement et moralement repliée sur soi, la fidélité de Pascal au groupe de Port-Royal est constante ; et elle est payée de retour. Dans les circonstances délicates, on voit quel prix Singlin, Arnauld attachent à son avis ; il semble qu’on ait fait appel à lui pour la rédaction du premier mandement qui fut rendu par les grands vicaires de Paris. A ce moment son habileté se heurte au scrupule aigu de Jacqueline ; après la mort de Jacqueline, dans la querelle intérieure soulevée à Port-Royal par le second mandement qui ordonnait la signature pure et simple, ses propres scrupules le font résister