Page:Œuvres de Blaise Pascal, IV.djvu/52

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XXXIV INTRODUCTION

Il n’y a pas lieu de s’étonner sans doute de la lueur singulière, inattendue, que jettent une fois taillés et « enchâssés » 1 les diamants bruts que Hermant et Arnauld, que le P. Escobar lui-même avaient extraits, pour Pascal, de la mine des casuistes jésuites 2 . Mais il est utile d’ajou-

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uns ont accusé Pascal, et les autres ont essayé de le disculper, comme s’il avait voulu faire croire qu’il n’avait pas de relation avec Port-Royal. L’abbé Maynard n’a-t-il pas écrit à la fin de son édition : « Pascal avait bien dit à plusieurs reprises, dans ses Provinciales, qu’il n’avait aucune liaison avec Port-Royal... Que penser d’un parti qui recourt à de semblables mensonges ? » (T. II, p. 414). Or à la page 236 de ce même volume, l’abbé Maynard avait publié le texte même de Pascal; « encore que je n’aie jamais eu d’établissement avec eux... je ne laisse pas d’en connaître quelques-uns, et d’honorer la vertu de tous» (cf. infra T. VI, p. 259). C’est donc une erreur, selon nous, de chercher dans les déclarations de Pascal une ruse de guerre ou un artifice de langage. L’auteur des Provinciales ne désavoue pas les amis d’Arnauld, il ne tente pas de décliner sa responsabilité, tout au contraire ; en dépit des railleries sur sa prétendue solitude (voir la Réponse à la douzième lettre des Jansénistes, infra T. VI, p. 4), il prétend être seul responsable (dix-septième Provinciale, infra T. VI, p. 347); mais il veut dire qu’il n’est pas de ceux auxquels partisans ou adversaires de Jansénius pensaient lorsqu’ils parlaient de Port-Royal, de ceux qui se trouveraient directement atteints par les mesures prises contre les Solitaires des Granges ou contre les confesseurs ou directeurs des Religieuses. Or ceci nous parait être la stricte vérité. A aucun moment Pascal n’a été compris parmi les Messieurs de Port-Royal ; dans le récit des discussions sur le formulaire, qui datent de la dernière année de sa vie, Nicole et Arnauld opposèrent tout naturellement à la thèse de Pascal et de Domat, la thèse des Messieurs de Port-Royal ; dans ses notes intimes, Pascal traite Port-Royal comme une « personne morale » qui est étrangère à sa propre personnalité : « Je ne crains rien, je n’espère rien... Le Port-Royal craint, et c’est une mauvaise politique de les séparer... » (Pensées, fr. 920, T. III, p. 343-344).

1. L’expression est du P. Daniel dans son second Entretien, p. 27 : « Ces petits morceaux de l’ Imago primi sæculi sont là enchâssez et mis en œuvre le plus proprement du monde. »

2. Les rapprochements de textes, signalés dans les introductions aux différentes Provinciales, permettent déjà d’apercevoir comment les lourdes démonstrations d’Arnauld se sont affinées et aiguisées entre