Page:Œuvres de Blaise Pascal, IV.djvu/58

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INTRODUCTION.

décidées. S’il en falloit attendre le bout, nous ne sortirions jamais d’affaire [1]. »

La probabilité ne s’introduit pas, ne se justifie pas de façon moins humaine ; et voici le dilemme que l’on oppose à Pascal : « Ou vous estimez que dans les questions de la Morale il y a des opinions probables de part et d’autre : ou vous ne le croyez pas : si vous le croyez, vous voila partisan de la probabilité : si vous ne le croyez pas, vous allez contre le sens commun. Car s’il est vray, comme le dit le Philosophe, qu’il n’y a point de science où il y ait plus de probabilité, et moins d’évidence que dans la Morale, n’est-il pas absurde d’y penser trouver ce qui n’y est pas ? J’aimerois autant dire que vous avez trouvé l’évidence de la vérité et de la fausseté de toutes choses, et que si on écoute le port Royal il n’y aura plus que des articles de Foy dans la Theologie Spéculative, des canons et des règles certaines et indubitables dans la Morale, des aphorismes infaillibles dans la Medecine, des demonstrations dans la Philosophie, des questions de droit et de faits plus claires que le Soleil dans la science des Loix, et qu’ainsi vous bannirez du monde toute probabilité qui est à votre jugement la source de tous les déreglements. Pardonnez moy si je vous dis qu’il est plus que probable que vous trompez le monde, ou que vous vous trompez vous-mesme, si vous estes dans cette erreur [2]. »

De là le recours à de nouveaux artifices, qui pourront blesser le rigorisme moral de Pascal, mais dont son contradicteur marque nettement le caractère lorsqu’il les défend comme des emprunts de la Théologie morale aux usages de la jurisprudence ou de la philosophie.

  1. Réponse à la douzième Lettre, p. 5.
  2. Réponse à la treizième Lettre, p. 8.