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QUATORZIÈME PROVINCIALE 143
le dérèglement des hommes leur a fait aimer ce faux honneur plus que la vie que Dieu leur a donnée pour le servir, il leur sera permis de tuer pour le conser- ver? C'est cela mesme qui est un mal horrible, d'aimer cet honneur là plus que la vie. Et cependant cette attache vitieuse, qui seroit capable de souiller les actions les plus saintes, si on les rapportoit à cette fin, sera capable de justifier les plus crimi- nelles, parcequ'on les rapporte à cette fin? Quel renversement, mes Pères ; et qui ne voit à quels excès il peut conduire ?
Car enfin il est visible, qu'il portera jusqu'à tuer pour les moindres choses, quand on mettra son honneur à les conserver ; je dis mesme jusqu'à tuer pour une pomme. Vous vous plaindriez de moy, mes Pères, et vous diriez que je tire de vostre doc- trine des conséquences malicieuses, si je n'estois appuyé sur l'autorité du grave Lessius, qui parle ainsi n. 68 \ Il n'est pas permis de tuer pour con- server une chose de petite valeur, comme pour un escu, ou pour une pomme, aut pro pomo ; si ce n'est qu'il nous fus t honteux de la perdre. Car alors on peut la reprendre, et mesme tuer s il est nécessaire pour la ravoir, Et si opus est, occidere ; parceque ce nest pas tant défendre son bien que son honneur. Gela est net, mes Pères. Et pour finir vostre doctrine par une maxime qui comprend toutes les autres, écoutez celle-cy de vostre P. Hereau, qui l'avoit prise de
��i. Cf. ce texte de Leys, supra T. V, p. 6i sq.
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