Page:Œuvres de Robespierre.djvu/187

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presse ; car c’est le fond de la chose qui doit être le motif de la loi, et non les formes. Mais voyons les objets tels qu’ils sont, avec les yeux de la raison, et non avec ceux des préjugés que le despotisme a accrédités. Ne croyons pas que, dans un état libre, ni même dans aucun état, des écrits remuent si facilement les citoyens, et les portent à renverser un ordre de choses cimenté par l’habitude, par tous les rapports sociaux, et protégé par la force publique. En général, c’est par une action lente et progressive qu’ils influent sur la conduite des hommes. C’est le temps, c’est la raison qui détermine cette influence. Ou bien ils sont contraires à l’opinion et à l’intérêt du plus grand nombre, et alors ils sont impuissants, ils excitent même le blâme et le mépris publics, et tout reste calme ; ou bien ils expriment le vœu général, et ne font qu’éveiller l’opinion publique, et alors qui oserait les regarder comme des crimes ? Analysez bien tous ces prétextes, toutes ces déclamations contre ce que quelques-uns appellent écrits incendiaires, et vous verrez qu’elles cachent le dessein de calomnier le peuple, pour l’opprimer et pour anéantir la liberté dont il est le seul appui ; vous verrez qu’elles supposent d’une part une profonde ignorance des hommes, de l’autre un profond mépris de la partie de la nation la plus nombreuse et la moins corrompue.

Cependant, comme il faut absolument un prétexte de soumettre la presse aux poursuites de l’autorité, on nous dit : Mais si un écrit a provoqué des délits, une émeute, par exemple, ne punira-t-on pas cet écrit ? Donnez-nous au moins une loi pour ce cas-là. Il est facile, sans doute, de présenter une hypothèse particulière, capable d’effrayer l’imagination ; mais il faut voir la chose sous des rapports plus étendus. Considérez combien il serait facile de rapporter une émeute, un délit quelconque, à un écrit qui n’en serait cependant point la véritable cause ; combien il est difficile de distinguer si les événements qui arrivent dans