Page:Œuvres de Robespierre.djvu/248

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éclairer des hommes libres, c’est réveiller leur courage, c’est empêcher que leur courage même ne devienne recueil de leur liberté : et n’eussé-je fait autre chose que de dévoiler tant de pièces, que de réfuter tant de fausses idées et de mauvais principes ; que d’arrêter les élans d’un enthousiasme dangereux, j’aurais avancé l’esprit public et servi la patrie.

Vous avez dit encore que j’avais outragé les Français en doutant de leur courage et de leur amour pour la liberté. Non, ce n’est point le courage des Français dont je me délie, c’est la perfidie de leurs ennemis que je crains ; que la tyrannie les attaque ouvertement, ils seront invincibles ; mais le courage est inutile contre l’intrigue.

Vous avez été étonnés, avez-vous dit, d’entendre un défenseur du peuple, calomnier et avilir le peuple. Certes, je ne m’attendais pas à un pareil reproche. D’abord, apprenez que je ne suis point le défenseur du peuple ; jamais je n’ai prétendu à ce titre fastueux ; je suis du peuple, je n’ai jamais été que cela, je ne veux être que cela ; je méprise quiconque a la prétention d’être quelque chose de plus. S’il faut dire plus, j’avouerai que je n’ai jamais compris pourquoi on donnait des noms pompeux à la fidélité constante de ceux qui n’ont point trahi sa cause ; serait-ce un moyen de ménager une excuse à ceux qui l’abandonnent en présentant la conduite contraire comme un effort d’héroïsme et de vertu ? Non, ce n’est rien de tout cela ; ce n’est que le résultat naturel du caractère de tout homme qui n’est point dégradé. L’amour de la justice, de l’humanité, de la liberté, est une passion comme une autre ; quand elle est dominante, on lui sacrifie tout ; quand on a ouvert son âme à des passions d’une autre espèce, comme à la soif de l’or et des honneurs, on leur immole tout, et la gloire et la justice, et l’humanité, et le peuple, et la patrie. Voilà le secret du cœur humain ; voilà toute la différence