Page:Œuvres de Vauvenargues (1857).djvu/109

La bibliothèque libre.
Aller à : Navigation, rechercher

DE L'ESPRl'l’ HUIAIN. 56 ` sonne non plus qui ne préfère la vérité al'erreur; per- sonne qui ne sentebien que le courage est différent de la crainte, et l’envie de la bonté ;·on ne voit pas moins claire- ment que l'humanité vaut mieux que l'inhumanité, qu'elle est plus aimable, plus utile, et, par conséquent, plus esti- mable; et cependant.... O faiblesse de l'esprit humainl il n'y a point de contradiction dont les hommes ne soient ca-. pables, dès qu'ils veulent approfondir. N'est-ce pas le comble de Yextravagance, qu'on puisse réduire en question si le courage vaut mieux que la peur? On convient qu'il nous donne sur les hommes et sur nous- memes un empire naturel; on ne nie pas non plus que la · puissance n’enferme une idée de grandeur, et qu' elle ne soit utile; on sait encore que la peur est un témoignage de fai- blesse, et ou convient que la faiblesse est très-nuisible, qu’elle jette les hommes dans la dépendance, et qu'elle prouve ainsi leur petitesse. Comment peut-il donc se trou- ` ver des esprits assez déréglés pour mettre de 1‘éga1ité dans des choses si inégales? · Qu’entend-on par un grand génie? un esprit qui a de grandes vues, puissant, fécond, éloquent, etc. Et par une grande fortune? un état indépendant, commode, élevé, glo- . rieux. Personne ne dispute donc qu’il n'y ait de grands gé- nies et de grandes fortunes; les caractères de ces avan- tages sont trop bien marqués. Ceux d‘une ame vertueuse sont·ils moins sensibles? Qui peut nous les faire confon- dre? Sur quel fondement ose-t·on égaler le bien et le mal? Iht-ce sur ce que l'on suppose que nos vices et nos vertus sont des effets nécessaires de notre tempérament? Mais les maladies, la santé, ne sont-elles pas des effets néces- saires de la méme cause? Les confond-on cependant, et a-t·on jamais dit que c'étaient des chimères, qu'il n'y avait ni santé, ni maladies? Pense-t-on que tout ce qui est néces- saire n'est d’aucun mérite? Mais c’est une nécessité en Dieu d'étre t0ut—puissant, éternel : la puissance et l'éternite se- ront-elles égales au néant? ne seront~elles plus des attributs

Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils