Page:Œuvres de Vauvenargues (1857).djvu/30

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d’abord, et il a d’égales admirations pour Alexandre, pour Riche­lieu et pour Voltaire. Il va plus loin, et tel est son goût pour le mouvement et l’action, que Catilina même ne le rebute pas ; Vau­venargues ne peut se défendre d’une certaine indulgence pour ce génie sans vertu, mais non pas sans courage.

C’est dans la carrière des armes qu’il renferme d’abord ses espérances : « Il n’y a pas de gloire achevée, dit-il, sans celle des armes » ; et cette gloire, qu’il défendra contre Boileau et J.-B. Rousseau, il y prétend : les plus grands noms militaires ne l’effraient ni ne le découragent, et, lorsque parfois sa prudence et sa réflexion réclament contre une espérance rêvée de si loin, il s’assure contre lui-même par ces fières maximes : « Ce qui est présomption dans les faibles, est élévation dans les forts ;... les espérances les plus ridicules et les plus hardies ont été sou­vent la cause des succès extraordinaires ; » et il aspire, avec une généreuse audace, à la renommée des Catinat et des Villars.

Mais la Providence le réservait à une gloire plus tranquille. Sans parler de quelques mécomptes plus secrets, dont on trouve la trace dans ses derniers écrits[1], en moins d’une année, la cam­pagne et la retraite de Bohème ont enlevé à Vauvenargues son ami le plus cher, Hippolyte de Seytres, épuisé sa modeste for­tune, et détruit sa santé. « Une âme guerrière, dit Bossuet, est maîtresse du corps qu’elle anime » ; l’âme de Vauvenargues était faite pour tenter une pareille victoire ; mais son corps avait reçu de telles atteintes, que la lutte même n’etait plus possible : il lui faut renoncer à cette carrière toute pleine de promesses, à ces camarades enthousiastes qui lui prédisaient tout haut ce qu’il se prédisait tout bas, a cette gloire enfin que son grand cœur mettait au-dessus de toutes les autres. C’est à ce premier coup de la fortune que la fermeté de Vauvenargues se déclare : la guerre lui échappe, il se tourne vers la diplomatie. Vauvenargues diplo­mate ! Qu’on ne s’en étonne pas ; ce contemplatif a toujours visé à la pratique et au maniement des hommes ; il revient souvent, avec une prédilection marquée, sur certaines qualités diplomati-

  1. Une Réflexion, inédite, intitulée Sur les armées d’à-présent, donne bien du jour sur ce point.
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