Page:Œuvres de Vauvenargues (1857).djvu/34

La bibliothèque libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


suffrages, et fait embrasser un métier où l’on peut aller à la gloire par le seul mérite. » Toutefois, ce ne fut pas sans peine qu’il embrassa ce métier, comme il l’appelle. Le temps n’était pas en­core de l’autorité incontestée des gens de lettres, et, en 1745, il n’était pas facile à un gentilhomme de se ranger ouvertement parmi eux. Dans sa famille, dans son entourage, il eut des pré- jugés a vaincre, et c’est à ces préjugés qu’il répond dans cette Maxime: « Il vaut mieux déroger à sa qualité qu’à son génie. » Encore, malgré l’indépendance et la décision de son caractère, n’ose-t-il signer son livre : la seule édition qu’il en ait donnée a paru sans nom d’auteur.

Ainsi, de mécompte en mécompte, de souffrance en souffrance, Vauvenargues est arrivé à sa dernière épreuve. Deux ans encore il vivra[1], se hâtant parce qu’il sait que le terme approche, agité au dedans, mais calme au dehors, cachant à tous les douleurs de son corps, et surtout les douleurs de son âme, et laissant un tel souvenir, que ceux qui l’auront connu ne pourront plus parler de lui sans un respectueux attendrissement.[2] Je ne saurais mieux finir l’étude de cette vie si triste et si touchante, qu’en rappor­tant un fait que j’ai recueilli avec joie dans les lettres inédites de Vauvenargues. Il était déjà bien près de sa fin, lorsqu’il apprend l’invasion de la Provence par les Impériaux et le duc de Savoie : son cœur de soldat bondit ; il saisit encore une fois son épée, et il écrit à Saint-Vincens : « Toute la Provence est armée, et je suis ici, au coin de mon feu. Le mauvais état de ma santé ne me justifie pas assez, et je devrais être où sont tous les gentilshom­mes de la province. Offrez mes services pour quelque emploi que ce soit, et n’attendez point ma réponse pour agir ; je me tiendrai heureux et honoré de tout ce que vous ferez pour moi et en mon nom. »

  1. Il mourut le 28 mai 1747, âgé de moins de trente-deux ans.
  2. Voir les Mémoires de Marmontel, les Lettres de Voltaire, et son Éloge des officiers morts dans la guerre de 1741.
Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils