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l L SUR QUELQUES (IARACTERES. 295 car jusqu'à l’armée, où il y a tant de distractions inévita- , bles, il porte cette activité infatigable; les troupes le voient rarement; et, pendant qu’il est obsédé de ses créatures , qu’il donne des ordres ou qu` il rnédite des intrigues, le soldat murmure de ne pas le voir, et blâme ce genre de · vie trop austère, tandis que le consul qui commande en chef se communique, se montre partout, et sefaitaimer des cen- turions et des troupes. Mais Lentulus emploie sa retraite à traverser secrètement les entreprises de son chef; et il fait si bien, que le pain, le fourrage et même l'argent manquent au quartier-général, pendant que tout abonde dans son propre camp'. S’il arrive alors que les troupes de la république reçoivent quelque échec de l’ennemi, aussitot les courtiers de Lentulus font retentir la capitale de ses plaintes contre le consul; le peuple s'assemble dans les places par pelo- tons, et les créatures de Lentulus ont grand soin de lire des lettres par lesquelles il parait qu’il a sauvé 1’armée d’une entière défaite; toutes les gazettes répètent les memes bruits, et tous les nouvellistes sont payés d’avance pour les confirmer'. Le consul est forcé d’env0yer des mémoires pour justifier sa conduite contre les artifices de son ennemi ’;
- Var. : « On dit qu’il fait en sorte que les suhsistances manquent au quar-
« tier-général, pendant que tout abonde dans son propre camp. Il n’y a point · de bruit que l’envie n’adopte avidement contre les hommes qui sont nés su- _ ¤ périeurs aux autres; le consul appuie lui-même ces bruits injurieux, et u toute l'armée se partage entre ses deux chefs désuuis. ·• • Add. : « Ceux qui savent la vérité, et qui ne sont point entralnés par des · motifs particuliers, rendent du moins cette justice à Lentulus, qu’en agis- ¤• sant quelquefois contre ses ennemis personnels, son sms, vivement atta- · ches L la gloire, a toujours respecté l’État. Mais l'ambition , la hauteur, et « plus que tout cela, les grands talents, révoltent aisément la multitude; le, « soupçon et la calomnie suivent le mérite éclatant, et le peuple cherche des « crimes i ceux qu’il estime assez courageux pour les entreprendre, et assez · habiles pour les cacher. •—Ici, déjà, se découvre le faible de Vauve- nargues pour l'ambition, meme séditieuse, loi-squ'cllc est meléc de quelque force et de quelque grandeur. Nous l'av0ns déja remarqué A propos de Cati- lina, nous le remarquerons encore dans plusieurs Caractères, et dans quel- ques Dialogues, Vauvenargues, dont l’Ame était passionnée en dedans, et dont l’esprit se nourrissait parfois de chimères, aimait, au moins en imagination, les grandes passions et les grandes péripéties, fussent-elles un peu violentes. - G ‘ Var. : « Le sénat ne peut se prononcer entre doux si grands capitaines « il dissimule les mauvais offices qu’ils veulent se rendre, afin de les forcer