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DE VAUVENARGUES. xxix r veillent la pitié ·d’une ame tendre, contristent le cœur, et a plongent l’esprit dans une réverie attendrissanteh _ Original, mais inachevé comme critique, inachevé aussi comme écrivain, Vauvenargues n’est vraiment supérieur que comme mo- raliste. Je dis moraliste, et non philosophe, car son Introduction il la Connaissance de l'E:prit humain ne se recommande elle- même que par la partie morale. Voltaire en admirait avec raison quelques pages, et le chapitre Du Bien ardu Mal moral lui paraiss sait un des plus beaux morceaux philosophiques de notrelangue.; mais, ilfaut l’avoner, la métaphysique de ce livre est faible, et se réduit à une nomenclature, seche et incomplète d’ailleurs , de Fame humaine, où le manque .de connaissances précises et sûres est trop visible. C’est aussi le défaut de son traité sur le Libre- _ ai-birre,·0ù l’0n est étonné de voir Vauvenargues, l’apotre de l'ac- tion, contester à son tour la volonté humaine, déja négligée au dix-septiemesiecle par Descartes, ou sacritiée à l’envi par Port- Royal, Malebranche et Spinoza. Sans doute , dans ees divers ou- vrages, son heureux instinct lui fait rencontrer de précieuses vérités de détail; mais sa jeunesse, son inexpérience,. et son dé- liain pour la science acquise, ne lui ont pas permis d’aller bien avant dans un ordre d’idées tout théorique, ou il faut savoir beau- E coup, pour découvrir un peu. Si Vauvenargues est un moraliste · de premier ordre , c'est que la morale , science avant tout prati- que, se lpàsse plus aisément de savoir ou d'études profondes; une certaine pénétration d’esprit, un sens droit, un regard clair peu- V · vent y suffire. Quand le moraliste a pris une vue somrmmre du monde, il sait à peu près tout ce qu’il faut savoir; il peut, des- Iors, se replier _sur lui-meme, ne plus étudier _que lui-mème, parce que la nature humaine, saut quelques variétés tout extérieures, est, au fond, simple et une à ce point, qu’e|le se trouve à peu près entiere dans un esprit bien fait et dans une ame bien douée. La solitude, même,.est favorable, est nécessaire au moraliste : sans doute, pour connaitre les hommes, il faut les avoir pratiqués, mais, pour en bien juger, il faut se mettre à distance. J.-J. Rous- seau raconte qu’i| ne pouvait peindre les objets en face,—et sous le coup de Pimpression qu’il en recevait; il ne les démélait bien, et