Page:Œuvres de Vauvenargues (1857).djvu/44

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` kxx _ Enoes · ne les rendait tldelement que de souvenir. En etfet, un objet trop prochain géne le regard, et a Pobservateur, comme au peintre, il faut une certaine profondeur de perspective. Et puis, quand on le voit de trop pres, le monde olïusque ou irrite ; de loin, il n’excite plus que compassion et indulgence. Pourquoi Saint-Simon et La Rochefoucauld sont·ils si durs, si impitoyables pour l'homme! C’est qu'ils le pratiquent encore au moment où ils le jugent, c’est qu’ils écrivent sur le champ de bataille méme, alors que leurs blessures sont toutes vives encore, et toutes saignantes. Dans la retraite, le sentiment s'épure en se désintéressant du mouvement de ce monde, la raison se rassied, et l'œil, plus calme, voit les , choses a leur point. C’est dans ces favorables conditions que se trouvait Vauvenargues : il a»véeu avec les hommes, mais il les juge dans la solitude, cette solitude « qui ext, dit-il, à l'¢tme ce que « la diète est au corps. » Ce n’est pas qu’il soit dégoûté de la so- ciété, ou qu’il la dédaigne, car il aime la gloire, et c’est la société qui la déceme; il a trop besoin de Papprobation des hommes pour rompre avec eux, ou pour en parler avec amertume. D’ailleurs, pourquoi serait-il amer? Sans doute, il a souffert dans la vie, mais, du moins, il n’a pas soulfert par sa faute. Tel moralisté n’est si mécontent des autres, que parce qu’il est mécontent de lui·méme : Vauvenargues n’a rien li regretter, et ne regrette rien de ce qu’il a fait ou de ce qu'il a voulu faire. Noustouchons ici a ce qu’il y a de plus grand dans ce grand caractère, N sérénité dans la doulepr : il est jeune, et la jeunesse, on l’a remarqué, n’est pas l’àge de Vindulgence; il semble qu’un destin jaloux ait pris à tache de détruire à mesure toutes ses espérances, et son ardeur et son infatigable persévérance nfont pu le faire sortir de cette obscurité qui lui pèse; quel beau texte contre le néant de la vie, contre l’injustice des hommes ou du sort! Certes, on dé clamerait à moins; un infortuné de notre siècle n’y eût pas man- qué, et j’entends d’ici les sombres plaintes des fils de Werther et ' 4 de René. Ajoutez li cela quïil soutfre, non de cette soutlrance in- déterminée et intermittente, dont. on met, comme tel moraliste de nos jours, cinquante ans à mourir, mais de ces douleurs trop cruellement précises, et toujours présentes, qui ne laissent ni ré-

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