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DE L’ESPRlT· HUIAI-N. · · 46 · Par une suite naturelle du même principe, la haine ra- baisse ceux en sont l’objet, avec le même soin que l’am0ur les relève. ll est impossible aux hommes dese persuader que ce qui les blesse n’ait pas quelque. grand défaut; c’est un jugement confus que l’esprit porte en lui—méme, comme il en use au contraire' en aimant. Et si larétlexioxr contrarie cet instinct, car il y a des qua- lités qu’on est convenu dïestimer et d'autres de mépriser, alors cette contradiction ne fait -qu'irriter la passion ; et, plutot que de céder aux traits de la vérité, elle en dé- tourne les yeux. Ainsi elle dépouille son objet de ses qua- lités naturelles pour lui en donner de conformes à son inté- ret dominant; ensuite ellese livre témérairement et sans scrupule à ses préventions insensées. t ll n’y a presque point d’homme dont le jugement soit supérieur a sespassions. ll faut donc bien prendre garde, lo1squ’on veut se faire estimer, a ne pas se faire haïr, mais . tâcher, au contraire, de se présenter par des endroits agréables; parce que les hommes penchent à juger du·prix des choses par le plaisir qu'elles leur font. · — ll y en a, à la vérité, qu’on peut surprendre par une _ conduite opposée, enparaissant au dehors plus pénétré de soi—méme qu’on [ne] 1’est au 'dedans; cette confiance exté- rieure les persuade et les maitrise. Mais il est un moyen plus noble de gagner l'estime des hommes : c’est de leur faire souhaiter la. notre par un vrai mérite, et ensuite d’étre modeste et de s’accommoder à eux'. Quand on a véritable- mentles qualités qui emportent l’estime du monde, il n'y a plus qu'à les rendre populaires pour leur concilier l’a- mour, et lorsque l'amour les adopte, il en sait relever le prix. Mais pour les petites finesses qu’on emploie en vue de surprendre ou de conserver les suffrages, attendie les autres, se faire valoir, réveiller par des froideurs étudiées ou des amitiés ménagées le goût inconstant du public,c’est
- Au contraire, pour d'une manière tontruire. — S.
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