Page:Ades - Josipovici - Mirbeau - Le Livre de Goha le Simple.djvu/12

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mon jardin à Cheverchemont. Nous parlâmes de l’Égypte, de mes arbres… Je ne sais plus de quoi nous parlâmes encore ; je me rappelle cependant que pas une fois Josipovici et Adès n’essayèrent d’être littéraires. Ils regardaient la vie avec l’unique souci d’une observation exacte. Je reconnus en eux des sages. Je leur offris mon amitié.

La guerre fut déclarée… Je ne suis pas un de ces spectateurs héroïques, que les deuils de la guerre emplissent d’enthousiasme, qui alignent des phrases et s’en attendrissent. Je ne suis, hélas ! qu’un homme et la détresse universelle m’absorbe trop pour que je fasse autre chose que d’y penser, et d’en souffrir.

Adès et Josipovici venaient souvent chez moi. Je les savais confiants dans les destinées de mon pays. En les questionnant, je connaissais leur réponse, et néanmoins, je les questionnais pour démentir les angoisses qui m’obsédaient. Pendant des mois nous ne parlâmes que de ça. Parfois, je leur demandais s’ils travaillaient. Ils me répondaient de manière évasive et nous reparlions de la guerre.

Un jour, ils vinrent avec un manuscrit : c’étaient les premiers chapitres de Goha. Je les invitai à m’en faire la lecture, assez furieusement d’ailleurs. Je leur en voulais de soumettre