Page:Ades - Josipovici - Mirbeau - Le Livre de Goha le Simple.djvu/29

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un fruit qui fond sous le palais et les syllabes qui doivent claquer comme un cinglement de fouet. Alors que d’ordinaire on prolonge le « oua » et l’« élif », moi j’en faisais des cris brefs. Ma manière de lire le Coran créait la piété parce qu’elle rapprochait l’homme de l’ange et rebutait les démons. Celui qui m’aurait suivi eût vécu dans la volupté parfaite avec des désirs toujours nobles. Ils n’ont pas voulu, Waddah ! Les uns disaient : « Il y a déjà sept voix pour lire le Coran. Entre ces sept voix on n’a jamais su reconnaître la meilleure. Tu nous en révèles une huitième. C’est une huitième source de discorde que tu veux ouvrir. » Les autres demandaient « Lequel des compagnons du Prophète lisait-il le Coran comme tu le lis ? » Cheik Abou-Amr-el-Masri, dont tu connais l’illustre nom, me posa cette question « Si tu raccourcis l’ « oua », que feras-tu du « hamza » ? À ces mots, je compris que le monde se ferme sur la parole humaine comme l’océan sur le sillage de la barque et je répondis : « Lisez le livre selon votre science, je le lirai suivant la mienne… et Dieu va juger entre nous ! »

— Ah ! combien il est doux ! Qu’il est suave ! s’écria Alyçum.

Il se leva et d’un mouvement spontané baisa les genoux de Cheik-el-Zaki. Ce dernier sourit à cet enthousiasme juvénile. Il se pencha vers son élève et lui posant la main sur l’épaule, lui dit :

— Que tu vives, mon chéri ! que tu vives !…