Page:Ades - Josipovici - Mirbeau - Le Livre de Goha le Simple.djvu/405

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— Tu es savant et intelligent, répliqua la jeune femme ; moi, au contraire, je suis ignorante… Tu m’apprendras ce que tu sais.

Elle s’assit auprès de Goha et l’étreignit passionnément. Mais Goha n’avait pas fini de parler. Il se dégagea doucement et reprit :

— J’ai vu des choses extraordinaires… C’est pourquoi j’étais un enfant et je suis devenu un homme… Vendre une cuisse d’agneau, recevoir les clients de Hawa, repasser les fez, tout cela ne me vaut rien… Il faut que je me repose dans une maison, avec une femme, des enfants et les enfants de mes enfants…

— Allah est miséricordieux, dit Nazli-Hanem… Je suis contente que tu puisses maintenant m’appuyer de tes conseils… Mes revenus diminuent depuis la mort du Bey, mes intendants me volent, et l’argent que j’économise, je ne sais comment le placer… Il faut un homme dans une maison… Dès demain tu prendras la direction de mes affaires…

— Ce qui doit être, sera, répondit Goha gravement, mais une femme ne peut pas devenir un homme…

À ce moment, il aperçut au fond de la chambre son image reflétée dans le miroir de Venise. Il fut surpris de se voir dans ce décor somptueux avec une femme à ses côtés et il comprit qu’une existence nouvelle s’ouvrait devant lui.


fin