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INTRODUCTION

Ce sont des galégeades, et la galégeade est un genre littéraire, qui est né en Provence, qui ne vit qu’en Provence et n’est bien compris qu’en Provence[1]. Vous en goûterez pourtant le charme, légèrement évaporé, en vous disant que pour le trouver tout entier il faudrait les lire dans la forêt des Maures, sous ces pins où bruissent la mer et les cigales.

Ce que tous peuvent aimer, sans être de Provence, c’est l’art du conteur. Son récit est composé. Il est organisé. C’est un animal vivant qui marche avec une souveraine souplesse. Il ne fait aucune gambade inutile, ou, s’il en fait, elles sont si drôles qu’il faut les pardonner, puisqu’on en rit. Lisez l’histoire du Marchand de Larmes, et les autres.

J’aurais voulu mettre dans ce recueil un grand nombre de paysages provençaux. C’était malaisé. La description de la Provence se mêle à tous les romans de Jean Aicard d’une manière si intime, qu’il est impossible de l’en séparer : ce qui prouve que la description n’est jamais un morceau de bravoure, mais a pour but de nous montrer ce que voient les personnages du roman.

Ils voient toute la Provence et nous la voyons avec eux, Toulon, la ville et le port dans le Pavé d’Amour, Arles et la campagne d’Arles dans Notre-Dame-d’Amour, Cannes et Antibes dans Benjamine, Saint-Raphaêl, Agay et Fréjus dans l’Ibis Bleu, Cavalaire dans le Diamant Noir, La Camargue et les Saintes-Maries-de-la-Mer dans Roi de Camargue, les Maures, l’Esterel et toute la côte de Toulon à Fréjus dans Maurin des Maures.

La Provence nous est ainsi décrite par un peintre qui voit avec précision les lignes et les couleurs changeantes suivant

  1. Chap. VI, voir une définition de la galégeade par Jean Aicard.