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INSTRODUCTION

la saison et l’heure, et par un poète qui sent la vie universelle et charge ses paysages d’humanité. Par là il fait songer à Pierre Loti. Il n’a pas au même degré que ce Chateaubriand du XXe siècle le don de l’évocation ni la puissance tragique qui fait de la description une plainte désespérée ; mais les sentiments qu’il mêle aux choses ont un caractère plus universel et aussi plus consolant. Il décrit la côte enchantée, la mer aux innombrables sourires, la forêt hospitalière, pour nous dire que le cadre donné à notre vie nous engage à avoir confiance dans la vie. Ses paysages sont optimistes comme ceux de Loti sont pessimistes. C’est la race provençale qui parle en lui.

Mais, encore une fois, ses paysages n’existent pas pour eux-mêmes. Ils ont un rôle dans l’intrigue. La Provence apaise ses personnages ou les irrite ; elle leur donne des motifs d’agir ou brise leur volonté. Elle se fait le plus souvent complice des passions humaines par son atmosphère de paganisme et de volupté. Elle devient ainsi un personnage réel et complexe, qui ne meurt pas à la dernière page du livre, mais se transforme pour reparaître dans un autre, et les anime tous de sa vie puissante.

La païenne Provence sert de cadre à des romans d’un idéalisme tout chrétien.

Romancier idéaliste, Jean Aicard a été opposé maintes fois à Zola et rapproché d’Octave Feuillet ; et les deux comparaisons sont aussi inexactes l’une que l’autre. Il part du réel pour aboutir à l’idéal ; il décrit ce qui est pour préparer ce qui doit être. Ses personnages marchent sur la terre et quelquefois dans la boue, avec des pieds lourds, mais ils regardent le ciel et le désirent. Benjamine, l’héroïne d’une