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INSTRODUCTION

Ces portraits sont une occasion pour le critique de nous parler de lui-même, je veux dire de ses idées. Non pas qu’il soit un théoricien plus qu’il n’est un critique, le meilleur de son art est dans la spontanéité et dans la liberté. Mais sur quelques points qui lui tiennent plus au cœur, il s’est expliqué avec franchise. Dans la préface de Miette et Noré, dans une conférence faite à l’Université des Annales, dans le Discours de Réception à l’Académie Française, il a tenu à définir les procédés de l’art populaire que les mandarins des lettres dédaignent et qui fait la joie et la gloire des poètes à l’âme simple.

Je veux citer ici quelques pages de l’admirable discours où Pierre Loti, recevant Jean Aicard à l’Académie Française, a essayé de caractériser l’âme encore plus que le talent de son ami. Il parle du poète ; mais ce sont les mêmes sentiments qui animent le prosateur et ces lignes ne seront pas déplacées dans cette introduction.

« Vous êtes, Coppée et vous, les deux poètes contemporains les plus populaires de notre pays. Et, en disant cela, je prétends vous adresser, à l’un et à l’autre le plus enviable des éloges ; car, pour pénétrer ainsi au cœur du peuple, il faut, lorsqu’on écrit en vers, être plus qu’un ciseleur habile, il faut avoir mis, sous les rimes qui bercent, quelque chose de sincèrement et de tendrement humain, quelque chose qui sente la vie, l’amour, la pitié. Ou bien il faut avoir été hanté par la grandeur infinie du mystère de tout, et connaître des suites de mots à la fois intenses et faciles, capables d’en éveiller l’inquiétude dans les âmes encore incultes et à peine évoluées. Je crois en outre que, pour être vraiment populaire, il faut avoir fait, comme vous deux, une œuvre saine, en