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FEUILLETON DU JOURNAL DES DÉBATS


DU 7 MARS 1884



LES AUTELS DE LA PEUR


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III.

15 septembre 1792


Le petit salon aux boiseries blanches avait une grâce modeste. L’écharpe et le chapeau de paille de Fanny étaient jetés sur la housse claire du canapé. La Prière d’Orphée était ouverte sur l’épinette. Rien, dans cette chambre, ne brillait que des fleurs. La jeune femme, debout à la fenêtre, regardait le soleil sanglant descendre à l’horizon. Marcel assis à rebours sur une chaise, reposait son front sur le dossier en forme de lyre. Ils restèrent longtemps immobiles et silencieux. Enfin, Marcel releva la tête.

Son visage était bien changé depuis quinze mois. On n’y voyait plus, comme jadis, la mollesse d’une tardive adolescence. Ses traits, autrefois noyés de langueur, étaient maintenant serrés et tendus par l’effort visible d’une mâle pensée. Une flamme sombre animait son regard ; sa bouche avait pris comme le pli de l’éloquence, et son visage semblait sculpté par une main céleste.

— Fanny d’Avenay, dit-il enfin d’une voix sonore et douce ; Fanny d’Avenay, vous souvient-il de ce que vous m’avez dit le 9 juillet de l’année dernière, au pied

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