Page:Anatole France - Jocaste et Le Chat maigre.djvu/139

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pas des armateurs à Toulon. Il prononçait avec tant d’ampleur le nom d’armateur qu’il semblait que la phrase n’eût été dite que pour produire un effet de sonorité, ce qui est bien possible. On dîna. M. Fel­laire exprimait une moitié de citron sur sa friture avec toutes les élégances dont était capable sa main blême, grasse, courte et chargée de bagues. Il contemplait les jeunes gens à travers ses lunettes d’écaille ; non sans une secrète envie de les exhorter et de les bénir, comme dans un drame. Devant eux, sur la rivière, un ponton de débarcadère affleurait la berge.

Une île étroite et longue leur fermait l’horizon d’un rideau de peupliers. Des canotiers passaient en péris­soires, et, dans l’île, des femmes en robes claires les appelaient avec des rires argentins. Le couchant s’embrasa, des étincelles tremblaient sur la rivière ; puis le ciel et l’eau s’éteignirent ; une brise fraîche s’éleva dans la verdure sombre. René décrocha le châle noir et le mit sur les épaules d’Hélène. M. Fel­laire abondait en récits galants et en recettes de cui­sine. S’étant mis inopinément à admirer le paysage, il décerna des

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