Page:Anatole France - Jocaste et Le Chat maigre.djvu/169

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M. Fellaire lui serra la main en cherchant une phrase qu’il ne trouva pas. Longuemare, avec je ne sais quelle pitié, quelle tendresse brusque, lui dit :

― Venez, je vous emmène.

— Cela se trouve bien, répondit M. Fellaire. Juste­ment je n’ai pas d’affaires ce soir.

Il dit qu’il demeurait rue Truffaut, au fond des Batignolles.

― Ce n’est pas très central, ajouta-t-il ; mais avec les tramways…

Ils s’assirent, à la brune, dans la salle enfumée d’une gargote de la rue Montmartre. Ils se regardaient, sur­pris, ne sachant plus s’il y avait un jour ou cent ans qu’ils ne s’étaient vus.

Ils ne parlèrent pas d’elle. Mais tous deux la voyaient à leur côté.

Longuemare, en cassant des noisettes, dit qu’il par­tait pour le Mont-Dore et ce qu’il y allait faire. Il redit simplement :

― Je vous emmène.

Le vieillard roula des yeux effarés :

― Quitter Paris ! s’écria-t-il, ce n’est pas possible ! Et les affaires ! On ne vit qu’à Paris.

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