Page:Anatole France - Jocaste et Le Chat maigre.djvu/17

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Il la regarda.

― Et c’est une beauté que la souffrance, ajouta-t-il. Richet a dit : « Il y a entre l’intelligence et la douleur un rapport tellement étroit que les êtres les plus intel­ligents sont ceux qui sont capables de souffrir le plus. »

— Et naturellement vous vous croyez capable de souffrir plus que personne. Je vous demanderais bien de me conter vos souffrances, mais j’aurais peur d’être indiscrète.

— Je vous l’ai dit, mademoiselle ; Zénon était un sot. Si je souffrais beaucoup, je crierais. Quant à vous, qui êtes d’une organisation délicate et dont les nerfs sont des cordes sensibles, vous offrez à la douleur un instrument sonore, un clavier à huit octaves sur lequel elle pourra jouer, quand il lui plaira, les varia­tions les plus savantes et les plus riches.

— Ce qui veut dire en français que je serai très malheureuse. Vous êtes insupportable. On ne sait jamais si vous parlez sérieusement. Et vos idées sont tellement extraordinaires que le peu que j’en comprends me fera tourner la tête. Mais répondez-moi comme il faut, et soyez sensé

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