Page:Anatole France - Jocaste et Le Chat maigre.djvu/179

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dans les ténèbres rayées de pluie, où s’étaient dissipés jusqu’au dernier les maigres pensionnaires de l’impasse du Baigneur. Tous les chemins de la terre étaient ouverts devant lui. Il prit celui des buttes, que la tempête assiégeait et que noyait une pluie obstinée. Un tour­billon de vent voulut déraciner le mulâtre ; un souffle traître prit son parapluie en dessous et le retourna brusquement. M. Godet-Laterrasse rétablit la conca­vité première de cet appareil domestique ; mais le taffetas, rompu de toutes parts, flotta comme un dra­peau noir sur l’armature dénudée. M. Godet-Later­rasse gravissait, sous ce pavillon grotesque et sinistre, les roides escaliers du passage Cotin, changé en torrent. Il n’entendait que le claquement de ses semelles sur l’eau et les dialogues mystérieux des vents. Visibles pour lui seul, les ombres vagues d’un éditeur et d’un directeur de journal fuyaient bien loin devant lui. Il monta quatre-vingts marches et s’arrêta devant une petite porte sous une lanterne en potence qui clignait comme un œil malade et dont la poulie grinçait. Entré dans la maison, il glissa furtivement devant la loge du concierge.

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