Page:Anatole France - Jocaste et Le Chat maigre.djvu/229

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Remi longeait, chaque matin, le Luxembourg, dont il voyait à travers les grilles, sous une brume légère, les gazons ondulés et les massifs de plantes exotiques. Il gagnait la rue Carnot et entrait dans l’atelier. On laissait pour lui la clef sous le paillasson.

L’atelier de Labanne était si rempli de livres qu’on eût dit une remise de bouquiniste. Les piles de livres montaient autour des ébauches abandonnées sous leurs linges séchés. Le sol était entièrement recouvert de volumes empilés. On marchait sur des plats de basane. C’était de toutes parts des dos de veau à ner­vures et à fleurons, des tranches rouges ou chinées, des couvertures jaunes, bleues, rouges, qui pendaient à demi arrachées. Les coins écornés des in-folios bâillaient et le carton s’effeuillait entre les cuirs recro­quevillés. Une ancienne poussière recouvrait lente­ment cet amas de littérature et de science.

Les murs avaient été autrefois blanchis à la chaux. Nus à leur partie supérieure, ils étaient charbonnés, à hauteur d’homme, d’un texte mi-grec, mi-français. C’était le commentaire du Phédon que Branchut écrivit d’inspiration après

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