Page:Anatole France - Jocaste et Le Chat maigre.djvu/23

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de boulevard, M. Fellaire de Sisac versait, coupait et découpait à grands fracas. Il s’écriait : « Eh ! la truelle au poisson ! » quand il l’avait sous les yeux. Il éprou­vait le fil du couteau avec une gravité d’opérateur forain et passait sa serviette très haut dans son gilet. Il vantait ses vins et parla d’un syracuse sec, long­temps avant de le déboucher.

Le jardinier, loué à l’année, faisait le service de la table avec un air goguenard et sournois. C’était une espèce de paysan faubourien qui jetait dans l’oreille de son maître d’assez vertes reparties sans que celui-ci parût les entendre.

M. Haviland, qui avait le sang à fleur de peau, mangeait beaucoup, devenait très rouge, restait mélan­colique et ne disait rien. M. Fellaire de Sisac, ayant annoncé qu’il ne parlerait pas d’affaires, se mit presque aussitôt à exposer ses principales opérations. Il était agent d’affaires et avait une clientèle de proprié­taires et de commerçants expropriés. Les grandes percées de rues et de boulevards, si lestement poussées par M. Haussmann, lui donnaient de la besogne.

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