Page:Anatole France - Jocaste et Le Chat maigre.djvu/299

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Le lendemain matin, dès huit heures, M. Sainte-Lucie reparut dans la cellule, que le bénédictin du XIXe siècle avait un peu mise en ordre. Lui-même s’y tenait en cravate blanche, avec cette expression stoïque qui le rendait si remarquable dans les céré­monies. La peur que lui donnait l’ancien ministre de Soulouque n’était pas son seul tourment. Il avait peu de crédit dans l’impasse du Baigneur et, ne possédant pas vingt sous, il était aux abois. Les deux cents francs qu’il touchait chaque mois au consulat d’Haïti étaient régulièrement écornés par les acomptes qu’il versait à divers fournisseurs. Car il était honnête. Le reste de la somme ne lui faisait pas un long usage. Son geste favori était de répandre l’or.

Il suivit M. Sainte-Lucie avec un excès d’inquié­tude qui l’étourdissait, l’aveuglait, l’anéantissait et devenait peu à peu de l’indifférence. Réveillé en sur­saut par la voix du Haïtien qui nommait au cocher la rue des Feuillantines, il essaya de gagner encore quelques heures.

― Cher monsieur, dit-il, nous n’aurons toutes les chances de trouver Remi que dans l’après-midi, à l’heure de ma leçon.

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