Page:Anatole France - Les Désirs de Jean Servien.djvu/109

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depuis qu’à son dernier soupir elle a murmuré mon nom. Je suis comme un vieux temple en ruine, déshonoré par l’injure du temps et des hommes, mais à jamais sanctifié par la déesse. »

Ce récit, soit qu’il rappelât emphatiquement quelque banale aventure de la jeunesse de l’Italien, soit plutôt qu’il fût imaginé d’après des lectures romanesques, fut accepté par le jeune Servien comme une vérité frappante. L’effet en fut foudroyant. Il vit aussitôt, avec la netteté de la plus miraculeuse appa­rition, au milieu des buveurs, la tragédienne qu’il aimait, les cheveux noués à l’antique, ses longs pen­dants d’or lui tombant de chaque oreille, les bras nus, toute blanche avec des lèvres rouges. Et il s’écria :

— « Moi aussi, j’aime une actrice ! » Il buvait, sans savoir quoi ; mais il sentait couler dans sa gorge un philtre

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