Page:Anatole France - Les Désirs de Jean Servien.djvu/149

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paupières froissées et ses gros traits. Ils se prirent le bras et, en se prome­nant sur le quai désert, tandis que le léger clapotement de l’eau montait à leurs oreilles dans le silence de la nuit, ils se dirent l’un à l’autre leur passé bien court, leurs idées présentes et leurs espérances infinies. Gar­neret n’avait pas conjuré son ancien guignon ; il faisait, de l’aube au soir, des travaux gigantesques pour un géographe qui le payait comme le dernier de ses commis ; mais sa large tête était pleine de choses. Il s’occupait de physiologie et se levait avant le soleil pour faire des expériences sur le sens de la lumière chez les invertébrés ; afin d’apprendre à la fois l’anglais et la politique, il traduisait les discours de M. Disraeli, il accompagnait tous les dimanches les élèves de M. Hébert dans leurs excursions géolo­giques aux environs de Paris ; le soir il faisait aux ouvriers des conférences

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