Page:Anatole France - Les Désirs de Jean Servien.djvu/259

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Pont-au-Change et vit les fédérés qui lâchaient pied.

Il dit, en se mettant l’arme à l’épaule :

— « F..s le camp, nom de Dieu ! »

Ils hésitaient. Quelques-uns s’en allaient.

Alors la cantinière hurla :

— « Sacrés c…s ! c’est donc moi qui lui ferai son affaire. »

Elle se jeta sur Jean Servien, lui cracha au visage, se livra du geste et de la voix à des farces d’une obscénité frénétique et lui mit le canon du revolver sur la tempe. Alors il sentit que tout était fini et il attendit.

Pendant une seconde il revit mille choses ; il revit les allées plantées de vieux arbres où sa tante le menait promener jadis ; il se revit lui-même petit enfant heureux et étonné ; il se rappela les châteaux qu’il construisait avec des écorces de platane… Le revolver partit.

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