Page:Anatole France - Les Opinions de Jérôme Coignard.djvu/33

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


en était venu à croire que les citoyens ne condamnent un si grand nombre de leurs semblables à l’infamie que pour goûter par contraste les joies de la considération. Cette vue lui faisait préférer la mauvaise compagnie à la bonne, sur l’exemple de Celui qui vécut parmi les publicains et les prostituées. Il y garda la pureté du cœur, le don de la sympathie et les trésors de la miséricorde. Je ne parlerai pas ici de ses actions, qui sont contées dans la Rôtisserie de la reine Pédauque. Je n’ai pas à savoir si, comme on l’a dit de madame de Mouchy, il valait mieux que sa vie. Nos actions ne sont pas tout à fait nôtres, elles dépendent moins de nous que de la fortune. Elles nous sont données de toutes mains. Nous ne les méritons pas toujours. Notre insaisissable pensée est tout ce que nous possédons en propre. De là cette vanité des jugements du monde. Toutefois, je constate avec plaisir que tous les gens d’esprit, sans exception, ont trouvé M. l’abbé Coignard aimable et plaisant. Aussi