Page:Anatole France - Les dieux ont soif.djvu/60

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IV


Il était dix heures du matin, le soleil d’avril trempait de lumière les tendres feuilles des arbres. Allégé par l’orage de la nuit, l’air avait une douceur délicieuse. À longs intervalles, un cavalier, passant sur l’allée des Veuves, rompait le silence de la solitude. Au bord de l’allée ombreuse, contre la chaumière de La Belle Lilloise, sur un banc de bois, Évariste attendait Élodie. Depuis le jour où leurs doigts s’étaient rencontrés sur le linon de l’écharpe, où leurs souffles s’étaient mêlés, il n’était plus revenu à l’Amour peintre. Pendant toute une semaine, son orgueilleux stoïcisme et sa timidité, qui devenait sans cesse plus farouche, l’avaient tenu éloigné d’Élodie. Il lui avait écrit