Page:Anatole France - Les dieux ont soif.djvu/73

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V

À neuf heures du matin, Évariste trouva dans le jardin du Luxembourg Élodie qui l’attendait sur un banc.

Depuis un mois qu’ils avaient échangé leurs aveux d’amour, ils se voyaient tous les jours, à l’Amour peintre ou à l’atelier de la place de Thionville, très tendrement, et toutefois avec une réserve qu’imposait à leur intimité le caractère d’un amant grave et vertueux, déiste et bon citoyen, qui, prêt à s’unir à sa chère maîtresse devant la loi ou devant Dieu seul, selon les circonstances, ne le voulait faire qu’au grand jour et publiquement. Élodie reconnaissait tout ce que cette résolution avait d’honorable ; mais, désespérant d’un mariage que tout rendait