Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 1.djvu/336

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Quoique peu de choses me manquassent, j’étoit sûr pourtant de mes frayeurs, & les soins que j’avois eus de ma conservation, avoient émoussé ma subtilité ordinaire dans la recherche de mes commodités ; entr’autres choses j’avois négligé un bon dessein qui m’avoit occupé autrefois, savoir de sécher une partie de mon grain, & de le rendre propre à faire de la bière.

Cette pensée me paroissoit fort bisarre à moi-même, à cause d’un grand nombre de moyens qui me manquoient pour parvenir à mon but ; je n’avois point de tonneaux pour conserver ma bière, &, comme j’ai déjà observé, j’avois autrefois employé le travail de plusieurs mois pour en construire, sans en venir à bout ; d’ailleur j’étois dépourvu de houblon pour la rendre durable, de levure pour la faire fermenter, & de chaudière pour la faire bouillir : nonobstant tous ces inconvéniens, je suis persuadé que sans les appréhensions que m’avoient causés les sauvages, je l’aurois entrepris, & peut-être avec succès ; puisque rarement j’abandonnois un dessin, quand je me l’étoit une fois fourré dans la tête, & que j’avois commencé à y mettre la main.

Mais à présent mon esprit inventif s’étoit tourné tout d’un autre côté, & je ne faisois que ruminer nuit & jour sur les moyens