Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 1.djvu/344

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femelles, & pour nourrir le petit troupeau que j’avoir caché dans le bois, qui, étant tout-à-fait de l’autre côté de l’île, étoit entièrement hors d’insulte ; car, selon toutes les apparences, les cannibales n’étoient pas d’humeur à abandonner jamais le rivage ; & ils y avoient été souvent, aussi-bien, avant que j’eusse pris toutes mes précautions, qu’après. Quand j’y pensois, je réfléchissois avec horreur sur la situation où j’aurois été si je les avois rencontrés autrefois, quand nud & désarmé, je n’avois pour ma défense qu’un seul fusil chargé de dragée. Je parcourois dans ce tems-là toute l’île sans cesse, & quelle auroit été ma frayeur, si, au lieu de voir un seul vestige, j’avois trouvé une vingtaine de sauvages, qui n’auroient pas manquer de me donner la chasse, & de m’atteindre bientôt par la vîtesse extraordinaire de leur course.

Je frissonnois, en songeant qu’il n’y auroit eu aucune ressource pour moi dans cette occasion, & que même je n’auroit pas eu la présence d’esprit nécessaire pour m’aider des moyens qui auroient pû être en mon pouvoir ; moyens bien inférieurs à ceux que mes précautions m’avoient fournis à la fin. Ces idées me jetoient souvent dans un profond abattement qui étoit suivi de sentimens de reconnoissance pour Dieu, qui m’avoit délivré de tant de dangers inconnus, & de tant de malheurs dont j’aurois été incapable de