Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 1.djvu/347

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dont je suis sûr que jamais sauvage n’avoit vu l’ouverture, bien loin d’être assez hardi pour y entrer ; ce que peu d’hommes eussent osé hasarder, à moins que d’avoir, comme moi, un besoin extrême d’une retraite assurée.

L’entrée de cette antre étoit derrière un grand rocher, & je la découvris par hasard, ou, pour parler plus sagement, par un effet particulier de la providence, en coupant quelques grosses branches d’arbres pour les brûler & pour en conserver le charbon : moyen dont je m’étois avisé pour éviter de faire de la fumée en cuisant mon pain, & en préparant mes autres mets.

Dès que j’eus trouvé cette ouverture derrière quelques broussailles épaisses, ma curiosité me porta à y entrer ; ce que je fis avec peine. J’en trouvai le dedans suffisamment large pour m’y tenir debout ; mais j’avoue que j’en sortit avec plus de précipitation que je n’y étoit entré, après que, portant mes regards plus loin dans cet antre obscur, j’y eux apperçu deux grands yeux brillans comme deux étoiles, sans savoir si c’étoient les yeux d’un homme ou d’un démon.

Après quelques momens de délibération, je revins à moi, & je me reprochai la foiblesse de craindre le diable, moi qui avoit vécu depuis vingt ans dans ce désert, & qui avois l’air plus effroyable peut-être que tout ce qu’il pouvoit y