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Passion, une dame aperçoit dans la lune, au moyen du téles­cope, l'ombre de deux amants, et son curé les deux tours d une cathédrale. La peur convertit les rayons de la lumière boréale en hallebardes et en glaives, et au crépuscule fait d'un guide un spectre gigantesque.

La vertu fantastique de l'âme n'est nulle part plus commune que dans l'hypocondrie. Les chimères que cette maladie fait éclore, ne trompent proprement pas les sens extérieurs; ils n'occasionnent qu'à l'hypocondriaque l'illusion d'une sensation de son état propre, du corps ou de l'âme, qui est en très grande partie une pure fantaisie. L'hypocondriaque a un mal, quel qu'en puisse être le siège, qui ne cesse vraisemblablement de parcourir le tissu nerveux dans toutes les parties du corps. Il se forme surtout une vapeur mélancolique autour du siège de l'âme, à tel point que le patient sent en lui-même l'illusion de presque toutes les maladies dont il entend seulement parler. Il s'entretient plus volontiers de son indisposition que de quoi que ce soit; il lit de préférence des livres de médecine; il trouve partout sa propre situation; en société, sa bonne hu­meur lui revient aussi sans qu'il s'en doute, et alors il rit beau­coup, mange bien, et passe généralement pour un homme sain d'esprit. Quant à sa fantasterie intérieure, les images pren­nent souvent dans son cerveau une force et une durée qui lui sont pénibles. S'il a en tête une figure risible (quoiqu'il sache lui-même que ce n'est qu'une image de la fantaisie), si cette illusion lui arrache un éclat de rire inconvenant en présence d'autres personnes sans qu'il en indique la cause, ou si toutes sortes de représentations obscures excitent en lui un mobile violent à faire quelque chose de mal, à l'idée de quoi il est fort tourmenté, et quoiqu'il n'en vienne jamais au fait; alors son état ressemble beaucoup à celui d'un halluciné, mais il n'est pas sous l'empire de la nécessité. Le mal n'a pas de racines pro­fondes, et, en ce qui regarde l'esprit, s'arrête généralement de lui-même ou par quelque moyen médical. Une même représen­tation agit, suivant la différence des états de l'âme dans les