Page:Anthropologie.djvu/365

La bibliothèque libre.

fermement que dans sa jeunesse le monde allait beaucoup mieux et que les hommes étaient meilleurs, est un fantaste du même genre.

Jusqu'ici il n'a pas été question, à proprement parler, de l'entendement dans les cerveaux troublés; il n'a pas été néces­saire, du moins, d'en parler, car le vice tenait uniquement aux notions; les jugements mêmes, si on voulait regarder la sensa­tion pervertie comme vraie, pourraient être tout à fait justes et très raisonnables. Un désordre de l'entendement consiste, au contraire, à juger tout de travers d'après des perceptions vraies. Le premier degré de cette maladie est le délire, qui, dans les jugements immédiats par expérience, est en opposi­tion avec la règle commune de l'entendement. Le délirant voit ou se rappelle les objets aussi exactement que l'homme sain d'esprit; seulement, il interprète d'ordinaire d'une manière absurde la conduite des autres hommes à son égard, et croit, en conséquence, pouvoir y découvrir on ne sait quels desseins calculés auxquels Us n'ont jamais pensé. A l'entendre, il fau­drait croire que toute la ville s'occupe de lui. Les gens qui fré­quentent le marché, qui traitent ensemble de leurs affaires et qui le regardent à peine, machinent contre lui des accusations; le guet lui crie des plaisanteries ; bref, il ne voit qu'une cons­piration universelle contre lui. Le mélancolique, qui délire par rapport à ses sombres ou maladifs soupçons, est un mélanco­lique. Mais il y a aussi toutes sortes de délires gais, et la pas­sion favorite se flatte ou se tourmente d'une multitude d'inter­prétations bizarres qui ressemblent au délire. Un orgueilleux est une sorte de délirant qui conclut de la conduite des person­nes qui le regardent en se moquant, qu'il en est admiré. Le se­cond degré du trouble de l'esprit, par rapport à la faculté su­périeure de connaître, est proprement le désordre de la raison, en tant qu'elle fait entrer l'absurde dans des jugements sub­tilement chimériques sur des notions universelles, et peut être appelé manie. Dans le degré plus élevé de cette espèce d'alié­nation, toutes sortes d'idées prétendues supérieures tourbillon