Page:Aristophane - Théâtre 1889 tome 2.djvu/135

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MYRRHINE.

Or, si nous nous privons le plus strictement possible de la chose dont tu nous parles (et il est à souhaiter que nous n’y soyons pas réduites), en aurons-nous plus sûrement la paix ?


LYSISTRATA.

Assurément, bien plus sûrement. Car, si nous nous tenons chez nous, bien épilées, toutes nues et n’ayant que des voiles de fin lin d’Amorgos[1], nos maris nous rechercheront avec la plus vive ardeur ; or, je puis vous assurer qu’ils feront bien vite la paix, si nous ne répondons pas à leur empressement et si nous savons nous contenir.


LAMPITO.

En effet, Ménélas, autant que je me rappelle, laissa tomber de ses mains son épée, dès qu’il aperçut le sein découvert d’Hélène[2].


MYRRHINE.

Que devenir, ô infortunée, si nos maris nous laissent là ?


LYSISTRATA.

Il faut, dit Phérécrate[3], dépouiller le chien écorché[4].


MYRRHINE.

Tous ces subterfuges ne sont que des bagatelles. Mais s’ils nous prennent et nous emmènent malgré nous dans leur chambre ?


LYSISTRATA.

Résistez, en vous accrochant à la porte.

  1. Amorgos, une des Sporades, où se trouvait le plus beau lin.
  2. Parodie de l’Andromaque d’Euripide.
  3. Phérécrate, poète comique.
  4. Proverbe qui se disait de ceux qui entreprenaient de faire une chose déjà faite. Mais il y a encore ici une allusion obscène.