Page:Aristophane - Théâtre 1889 tome 2.djvu/163

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tour. Bien plus, il est à craindre que vous ne nous ruiniez sans ressource. Pouvez-vous à présent souffler ? Or, si quelqu’un me tracasse, je lui frotterai le bec avec ce cothurne tout malpropre.


CHŒUR DE VIEILLARDS.

N’est-ce pas là un grand affront ? Et ce mal me paraît devoir aller plus loin encore. Mais il faut que tout homme bien constitué concoure à détourner ce malheur. Mettons bas notre tunique. Tout homme doit sentir son homme et ne doit pas s’envelopper. Allons, braves aux pieds nus, nous tous qui, lorsque nous valions encore quelque chose, avons combattu à Lipsydrion[1], il faut dans ce moment, oui, dans ce moment, reprendre notre première vigueur, redresser tout notre corps et déposer ce vieil homme. Si quelqu’un de nous a l’air de lâcher pied le moins du monde devant ces femmes, elles ne se donneront pas un instant de repos ; on les verra construire des vaisseaux ; à l’exemple d’Artémise[2], elles s’efforceront de combattre sur mer et de diriger leurs coups contre nous. Si elles prennent une fois du goût pour l’équitation, j’efface les chevaliers des rôles militaires, car la femme aime particulièrement le cheval ; elle s’y tient très ferme, et, quelque vite qu’il aille, elle ne tombe pas aisément. Voyez ces amazones, que Micon représente se battant à cheval contre des hommes. Mais il faut leur mettre à toutes un carcan.


CHŒUR DE FEMMES.

Ah ! par les déesses, si vous m’échauffez, je donnerai

  1. Montagne de l’Attique.
  2. Il s’agit ici de la belle action d’Artémise, reine de Carie, qui s’empara dans le port de Carie des vaisseaux des Rhodiens, et surprit l’île de Rhodes avec ces mêmes vaisseaux.