Page:Aristophane - Théâtre 1889 tome 2.djvu/339
LES GRENOUILLES. 329
ESCHYLE.
Voilà des sujets faits pour les poètes; récapitulez les services qu'ont rendus les grands poètes, dès les premiers temps. Orphée, par ses leçons, nous a enseigné les rits des initiations et l'horreur du carnage; Musée, les re- mèdes des maladies et les oracles; Hésiode, l'agriculture, et le temps des semailles et des récoltes. Et ce divin Ho- mère î D'où lui est venu tant d'honneur et de gloire ? N'est-ce pas de l'utilité de ses préceptes, qui forment aux vertus militaires, aux manœuvres et à l'art de disposer une armée?
BACCHUS.
Il n'a cependant jamais pu rien faire du sot Pantaclès. Dernièrement, pour conduire une cérémonie, ne le vit-on pas s'attacher d'abord son casque sur la tête, et ne penser qu'après à y mettre l'aigrette.
ESCHYLE.
Mais il en a formé bien d'autres, et des plus braves, et de ce nombre est Lamachus. C'est d'après Homère que j'ai rendu et représenté les nombreux exploits des Pa- trocle, des Teucer et des Thymoléon. Je voulais, par ces modèles, exciter chaque citoyen à se mettre de niveau avec ces grands hommes, au premier son de la trompette. Mais, certes, je ne donnais ni Phèdres impudiques, ni Sthénobées, et je ne sais si j'ai jamais fait parler une femme amoureuse.
EURIPIDE.
Non, parbleu, car tu ne tenais rien de Venus.
ESCHYLE.
Et n'en veux rien tenir. Garde-la toute pour toi et pour les tiens, puisqu'elle t'a perdu toi-même.
�� �