Page:Aristote - Morale à Nicomaque, Ladrange, 1856.djvu/31

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PREFACE. x\i

liberté sont au-dossus de toute contestation possii)le. Qui les nie, abdique son litre d'homme, et se ravale, qu'il le saciie ou qu'il l'ignore, au-dessous même de la brute ; plus intelligent qu'elle sans doute, mais dépravé, tandis que la brute ne l'est pas.

Les conséquences ne sont point ici moins claires ni moins admirables que les principes. L'homme, en acceptant de sa libre volonté le joug de la loi, s'en- noblit loin de s'abaisser. Par sa soumission volon- taire, il s'associe de son plein gré à quelque chose de plus grand que lui ; il se sent rattaché à un ordre de choses qui le dépasse et qui le fortifie. Loin de perdre à l'obéissance, il y gagne une grandeur et une dignité que sans elle il n'a pas. Le monde moral où il entre par cette dépendance éclairée de sa liberté, est le vrai monde oii son âme doit vivre, taudis que son corps vit dans un monde tout diffé- rent, où la liberté n'^a presque plus rien à faire. C'est une sphère de pureté et de paix, où il n'y a de souil- lures et de tempêtes que celles qu'il veut bien y laisser pénétrer. Le calme et la lumière n'y dépendent que de lui seul ; et, quand il sait le vouloir, il peut établir dans ce ciel intérieur une inaltérable sérénité. Sa raison de plus en plus soumise devient de plus en plus forte, et le terrain sur lequel elle s'a()puie, de

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