Page:Audubon - Scènes de la nature, traduction Bazin, 1868, tome 1.djvu/246

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sur la chaise, et j’eus épalement le bonheur de le contenter. Bientôt le grenier fut assiégé par tous les gros bonnets du village : les uns riaient, d’autres exprimaient leur étonnement ; mais mon travail avançait, nonobstant les observations et les critiques. Après la séance, mon Hollandais m’invita à passer la soirée avec lui ; j’acceptai et me donnai le plaisir de le régaler, par-dessus le marché, de quelques airs de flûte et de violon. Enfin, je revins trouver mon compagnon, le cœur tout joyeux ; et vous pouvez juger combien ma satisfaction s’accrut, lorsque j’appris que, de son côté, il avait fait deux portraits. Après avoir écrit quelques pages de notre journal, nous songeâmes à prendre du repos.

Le jour suivant se passa de la même manière. Il m’était doux, je l’avoue, de songer que, sous mon habit gris, mes petits moyens n’en avaient pas moins fait leur chemin ; j’aimais à reconnaître ainsi que l’industrie et un mérite modeste sont pour le moins aussi utiles qu’un talent de premier ordre, quand on ne sait pas s’aider soi-même. Nous quittâmes Meadville à pied ; une voiture portait en avant notre bagage. Nos cœurs étaient légers, nos poches pleines, et en deux jours nous atteignîmes Pittsburg, aussi heureux qu’il nous était possible de l’être.